
Les questions
Ce que l’on demande le plus souvent aux maisons, avec les réponses que l’on peut donner dans l’état présent. Elles sont brèves à dessein : ce qui n’y figure pas — les conditions d’un séjour, le texte entier de la règle, la mesure d’un engagement — se communique après un premier échange. Pour le reste, nous écrire.
La maison et son esprit
Riad Al-Uns est-il un hôtel ?
Non. C’est une demeure traditionnelle et une communauté intentionnelle de taille humaine : de jeunes hommes qui y vivent, prient, travaillent un métier et partagent la table. L’hospitalité existe, mais elle est rare et subordonnée au rythme de la maison — jamais l’inverse.
La maison existe-t-elle déjà ?
Pas encore. Riad Al-Uns est un projet : une vision précise, un lieu encore à trouver, une communauté qui n’a pas commencé. Ces pages décrivent ce que la maison veut être, non ce qu’elle est déjà. Aucune réservation ni inscription n’est encore ouverte. On peut adresser des manifestations d’intérêt pour les futurs parcours et des propositions de soutien, en vue de l’ouverture.
Qui porte le projet aujourd’hui ?
Le concept est de Pietro Siffi. Jusqu’à l’ouverture, le dossier est suivi par l’association Il Fondaco Siciliano — Associazione per le arti e i mestieri, à Catane. La direction de la maison, une fois ouverte, est une autre charge — voir At-Tadbir.
Que veut dire « Al-Uns » ?
الأنس — al-uns désigne en arabe l’intimité, la familiarité cordiale, la compagnie qui chasse la solitude (waḥsha). Joint à riyāḍ, le jardin fermé sur l’extérieur et ouvert au ciel, le nom décrit ce que la maison veut être : le jardin de l’intimité, le lieu où l’on apprend à être avec les autres sans se disperser.
Qu’est-ce que Dar al-Hiraf ?
La « maison des métiers » : le cœur formatif du Riad. On y apprend, auprès d’un maître et dans la durée, un métier de la main — la sellerie, qui rassemble cuir, bois et métaux, puis calligraphie et livre, zellige, plâtre et mocárabe, tissage, essences — ainsi que les disciplines du corps et du chant. La formation ne vise pas seulement la technique : elle forme le caractère, selon l’idéal de la futuwwa.
Pourquoi une maison réservée aux hommes ?
Parce que la résidence est une vie commune complète — chambres partagées, ateliers, hammam, prière — et que la tradition dont elle procède la conçoit ainsi. La maison forme de jeunes hommes célibataires, dont beaucoup fonderont ensuite un foyer : la séparation n’est pas une méfiance, c’est le cadre qui rend cette formation possible. Les visites de mères, sœurs et proches se déroulent dans un parloir dédié, accessible depuis l’entrée principale.
S’agit-il d’une confrérie fermée ?
Non. Il n’y a ni serment secret, ni doctrine cachée, ni obligation de rester. La règle est écrite, remise et signée à l’admission ; la chaîne des responsabilités est publique ; l’adhésion est volontaire et chacun peut quitter la maison librement. Ce qui est demandé est explicite dès le seuil — c’est précisément pour cela que la règle est écrite.
Qui peut venir, et comment
Qui cherchez-vous ?
De jeunes hommes qui ont mûri une décision consciente : apprendre un métier exercé dans la durée, une discipline du corps, une parole donnée qui engage. Trois orientations se rejoignent sur le même chemin — le métier, la formation spirituelle et morale, la discipline physique. Aucune n’exclut les autres.
Quelles sont les conditions d’âge ?
Les trois parcours sont réservés aux personnes majeures, à partir de dix-huit ans révolus. Le parcours résidentiel est destiné à des hommes célibataires et, en principe, jusqu’à quarante ans.
Faut-il être célibataire ?
Oui, pour la résidence. La vie commune est intégrale — la maison ne peut pas être, en même temps, un foyer conjugal. Le temps de la formation est un temps qui prépare, pour beaucoup, la fondation d’une famille ; il ne se superpose pas à elle.
Faut-il déjà savoir un métier ?
Non. La sélection porte sur la disposition du candidat, non sur un niveau technique préalable : le geste s’apprend, l’intention se juge dès le seuil. Certains savent déjà ce qu’ils veulent apprendre, d’autres cherchent encore — les deux sont recevables.
Comment se déroule l’admission ?
On lit d’abord. On écrit ensuite. On ne force pas la porte. Après un premier échange, on précise quel parcours autonome on souhaite connaître. Il s’agit de manifester un intérêt sérieux et conscient, avant même de s’inscrire.
Une candidature peut-elle être refusée ?
Oui. L’accord n’est jamais automatique, et la maison se réserve le droit de ne pas motiver en détail un refus — non par arrogance, mais pour protéger ce qui la constitue. La priorité reste la continuité des métiers et la formation d’hommes capables de durer, non le remplissage de places.
Peut-on entrer sans moyens ?
Oui. Les jeunes hommes pauvres ou en situation de précarité sont reçus sans autre condition que leur compatibilité avec la futuwwa et la furūsiyya. On n’est pas jugé sur ce que l’on peut acheter, mais sur ce que l’on est, en acte et en puissance. Ils peuvent demeurer un temps, ou pour la durée, selon leur capacité à s’intégrer et leur volonté d’apprendre un métier.
L’hôte de la Munya entre-t-il par le même chemin ?
Non. Al-Munya est la maison d’à côté, avec sa propre porte. Dār al-Aṣl accueille sans contrepartie ceux que la Maison invite ; Dār al-Diyāfa accueille, contre paiement, les nudamāʾ et les hôtes qu’ils présentent. On n’y entre pas par formulaire.
Quelles professionnalités cherchez-vous ?
Un maalem par discipline, engagé dans la durée. Pour les métiers de la main : sellier (sarrāj), dinandier et forgeron (ṣaffār), menuisier-sculpteur (najjār), relieur et calligraphe (mujallid) du khatt maghribī, tisserand (nassāj), potier et zelligeur (fakhkhār), maître du plâtre et du mocárabe (jabbāṣ) ; pour les laboratoires, parfumeur-herboriste (ʿaṭṭār). Pour le corps, le verbe et le son : musique andalouse (al-âla), taḥṭīb égyptien, shaykh al-malḥūn, maâlem gnawa, muṣāraʿa, tir à l’arc, équitation, escrime traditionnelle, zūrkhāne.
Ces postes s’adressent à des maîtres salariés et non à des résidents : ils viennent transmettre leur art sans entrer dans le cercle de la résidence. Chacun dispose de son propre atelier équipé et de ṣāniʿ prêts à recevoir ce qu’il a à transmettre. Quand un atelier de la médina a fermé faute de repreneur, la maison peut offrir à son matériel et à son savoir une seconde vie.
Sur quels critères un maître est-il retenu ?
La compétence technique, la droiture et une réputation vérifiée. La maison privilégie de jeunes maîtres, pour qui la charge est source d’autonomie et de fierté professionnelle, sans plafond d’âge rigide : la compétence et la droiture priment sur la seule ancienneté. La mission dépasse l’enseignement technique — transmettre un geste, c’est transmettre une manière d’être dans le métier.
De quel personnel la maison a-t-elle besoin ?
Les tâches courantes — entretenir sa chambre, la vaisselle, le service à table, la veille sur certains espaces communs — reviennent aux résidents eux-mêmes. Le reste demande une présence salariée régulière :
Certains de ces rôles peuvent être cumulés ou évoluer selon les compétences de la personne recrutée.
Certaines charges demandent-elles de vivre dans la maison ?
Trois d’entre elles, oui — elles ne s’exercent pas à horaires fixes. Le faqīh résident assure les leçons de doctrine (Coran, fiqh, ʿaqīda) et règle l’horaire des cinq prières ; la maison le cherche jeune, formé au fiqh mālikite et à la ʿaqīda ashʿarite, à l’aise avec la tradition musicale et confrérique marocaine. L’instructeur de préparation physique conduit l’entraînement quotidien du corps et vit au rythme de la maison : force utile, celle qui soutient une journée d’atelier et une vie entière, jamais la silhouette. La garde du seuil, le bawwāb, ne se demande pas : cette charge revient à un résident, choisi parmi les plus avancés dans les disciplines du corps.
Qui veille sur lui ?
Personne, et c’est voulu. La maison ne fonctionne pas par surveillance, car ses espaces sont communs et visibles, aucun entretien entre un homme qui exerce une responsabilité et celui qui en dépend ne se tient en tête-à-tête dans un lieu isolé, et chacun y répond de quelqu’un et devant quelqu’un. Ce qui protège un jeune homme ici est la disposition des lieux et la fraternité de ceux qui les occupent. Un père qui cherche un internat qui surveille ne trouvera pas ici son affaire ; un père qui cherche un lieu où son fils n’aura rien à cacher, oui.
Et s’il veut partir ?
Il part. L’adhésion est volontaire, nul n’est retenu contre son gré, et un résident peut quitter la communauté librement et à tout moment, sans dette et sans que rien lui soit réclamé. La maison préfère un homme qui s’en va au bout de trois mois à un homme qui reste sans l’avoir choisi.
Paie-t-il, ou est-il payé ?
Ni l’un ni l’autre au sens ordinaire. Personne qui vit ici n’est payé, et personne qui est payé ne vit ici. Le résident reçoit le toit, la table et tout ce qui lui est nécessaire, sans que rien lui soit retenu ni compté, et un compte d’épargne s’accumule à son nom pendant ses années de résidence. Les familles qui en ont les moyens contribuent à la maison ; celles qui n’en ont pas ne sont distinguées en rien, et aucun signe, dans le vêtement, la chambre ou la place à table, ne dit qui a contribué.
Qui décide qu’il est prêt ?
Les maalem, et personne d’autre. La progression dans le métier ne relève ni de l’ancienneté ni de la demande d’un tiers, et aucune somme et aucun nom n’avancent un homme d’un degré. L’œuvre présentée peut être refusée, et il est possible de ne pas finir ; c’est ce refus possible qui donne à la réception son poids.
La vie quotidienne
À quoi ressemble une journée ?
Les cinq prières canoniques en donnent l’ossature — du Fajr silencieux à l’Ishā recueillie. Entre elles : l’atelier le matin, la formation physique ou le chant l’après-midi, les repas partagés à la table commune, l’étude, et le silence de la nuit après Ishā.
Y a-t-il un règlement écrit ?
Oui. Chaque résident reçoit à son admission le règlement de vie communautaire — rythme quotidien, respect mutuel, vie en chambre, tutorat, tenue, usage des appareils, substances et santé, visites et sorties, procédure en cas de manquement — et le signe avant de s’installer. C’est un texte d’usage interne : il n’est pas publié en ligne. Les modalités détaillées se communiquent après un premier échange sérieux, non par formulaire public.
Peut-on garder son téléphone ?
Oui. Les résidents disposent librement de leurs téléphones, ordinateurs et tablettes ; il n’y a ni filtrage, ni inspection des effets personnels, ni contrôle des appareils. La règle s’appuie sur la formation et la responsabilité de chacun, non sur la surveillance — la seule limite est de ne pas troubler la vie commune ni les temps de prière.
Comment se vêt-on ?
Le vêtement traditionnel est la règle de la vie quotidienne pour les résidents : le serwal remplace le jean, la gandoura ou la djellaba remplacent le t-shirt. C’est une manière d’apprendre la mesure par le corps, et non un déguisement. Aux hôtes, une tenue traditionnelle est proposée sans obligation, dans le respect de la décence.
Alcool, tabac, substances ?
L’alcool ne fait pas partie de la maison, et les stupéfiants n’y ont aucune place. Le tabac et la chicha, en revanche, appartiennent à la vie ordinaire : on fume là où l’on se réunit — les salons d’hiver, les salles de lecture, le patio, les galeries, les jardins — et c’est une manière de faire durer une conversation, non une tolérance accordée. Pendant le Ramadan, aucune consommation en public avant le coucher du soleil.
Peut-on sortir en ville, voir sa famille ?
Oui. Les résidents sortent librement et conservent leurs amitiés et leurs liens familiaux ; des périodes de retour en famille sont prévues aux principales fêtes et pendant les congés. Seul un éloignement systématique de la vie commune donne lieu à un dialogue avec les éducateurs — pour vérifier que l’engagement reste un choix vécu, non subi.
L’engagement est-il définitif ?
Non, et il ne saurait l’être. L’adhésion est volontaire, nul n’est retenu contre son gré, et tout résident peut quitter la communauté librement. La résidence est un temps de formation qui prépare la suite — un métier exercé, une maison, une famille — non un état définitif.
Qui décide, et qui répond de quoi ?
Une chaîne de responsabilités nommée et visible : le ṣāniʿ et les trois tons de la ceinture, le nāʾib délégué de corporation, le maalem maître de métier, les deux muqaddam conseillers et l’Ash-Shaykh responsable de la maison. Les échanges de formation, de conseil ou de correction se tiennent toujours dans des espaces communs et visibles, jamais dans l’isolement.
Séjour, immersion de métier, résidence
Quelles sont les trois manières d’approcher ?
Le séjour : un temps limité dans le rythme de la maison, sans engagement. L’immersion de métier : quelques semaines auprès d’un maître, dans un seul métier choisi à l’avance. La résidence : l’engagement long — le métier, le corps, la foi, la vie commune.
Séjour · Immersion de métier → · Résidence
Peut-on réserver un séjour comme dans une maison d’hôtes ?
Non. Il n’y a ni réservation en ligne, ni calendrier ouvert : chaque demande est examinée une à une, par correspondance et entretien, et porte autant sur la disposition de l’hôte que sur les places disponibles. Les places sont volontairement très restreintes — la maison accueille d’abord ceux qui y vivent et s’y forment.
Qu’attend-on d’un hôte ?
Qu’il entre dans le rythme au lieu de le transformer en décor : la table commune, le respect des heures de prière, la sobriété de la tenue, le silence de la nuit après Ishā. L’hôte peut être présent au travail des ateliers et, parfois, y prendre part. Loin d’acheter une expérience, il est reçu, pour un temps, dans une maison qui vit déjà.
Peut-on visiter la maison sans y séjourner ?
Le Riad n’est pas un musée et ne se visite pas. Certaines soirées — samāʿ, conversation, musique — réunissent la maison et ceux qu’elle reçoit ; on y est invité, on ne s’y inscrit pas.
Combien de temps dure une immersion de métier, et sur quel métier porte-t-elle ?
De deux à six semaines, dans un seul métier choisi à l’avance avec la maison — la main dans la matière, non l’observation depuis le seuil. C’est un parcours complet en lui-même ; il peut précéder une candidature résidentielle, sans en être la condition et sans garantir l’admission.
Quelles sont les conditions matérielles ?
La maison ne publie pas encore de grille tarifaire : les futures conditions d’un séjour bref, d’une immersion de métier ou du parcours résidentiel seront précisées au cas par cas, après un premier échange. Elles sont la conséquence de la relation, et non son point de départ.
Que reste-t-il après la résidence ?
Ce n’est pas un titre d’ancien ni un réseau. Ce qui demeure, c’est une malaka — un métier maîtrisé, une parole, un foyer à conduire, parfois une œuvre laissée dans les murs. On n’emporte pas le Riad ; on emporte ce que le geste et le rythme ont déposé en soi.
Peut-on emporter ce que l’on a fabriqué ?
Ce qui sort des ateliers pour la vente ou la commande suit les règles ordinaires de la maison. Mais l’œuvre de réception — celle que chaque résident laisse au terme de sa formation — ne s’emporte jamais, car elle est incorporée au bâtiment, inscrite au registre, et ne se vend ni ne se déplace.
Que se passe-t-il si l’œuvre n’est pas reçue ?
Le maître peut la refuser. On recommence alors, et il est possible de ne pas finir. Ce refus possible n’ajoute pas une sévérité, mais donne à la réception son poids, car une épreuve que l’on est certain de réussir n’en est pas une. Le temps nécessaire est accordé ; la maison ne délivre pas de titre par ancienneté.
Foi, langue et soutien
Faut-il être musulman pour entrer en résidence ?
La résidence suppose de partager la vie de prière de la maison : les cinq prières canoniques en ordonnent la journée, et les leçons de doctrine — Coran, fiqh, ʿaqīda — font partie de la formation. Ce n’est pas un cadre que l’on peut suivre de l’extérieur. Le séjour, lui, relève de l’hospitalité : ce qui est demandé à l’hôte est le respect du rythme, non l’adhésion.
Où se trouve la maison, et dans quelles langues écrit-on ?
Au Maroc, dans une demeure traditionnelle encore à trouver. La correspondance se fait en français, en anglais ou en arabe — ces pages existent dans les trois premières langues. La vie quotidienne de la maison se tiendra en arabe et en français ; un candidat qui ne les parle pas encore doit le dire simplement dans sa lettre.
Comment soutenir le projet ?
Trois engagements, selon la mesure de chacun : l’acquisition du lieu, la restauration et le fonds de dotation — le dernier est le plus décisif, puisqu’il garantit que la maison ne dépendra pas de la générosité de l’année suivante. On peut aussi porter un seul élément : l’année d’un maalem, l’installation d’un atelier, la formation d’un ṣāniʿ, un métier à tisser.
Que peut attendre — et ne pas attendre — un bienfaiteur ?
Son nom pourra être inscrit à l’entrée, selon l’usage ancien des madrasas et des fontaines du Royaume — inscrit, non affiché. Avec les moyens croissent la qualité de la restauration, le nombre des métiers enseignés, la solidité de la dotation. Ne croissent jamais : le nombre des résidents, le nombre des hôtes, la vitesse. Ces limites seront inscrites dans les actes qui régissent la maison.
Comment nous écrire ?
Par le formulaire de la page Contact. Précisez le motif — séjour bref, immersion de métier, parcours résidentiel, mécénat — et, pour une candidature, votre âge et le métier ou la discipline qui vous attire. Chaque demande est lue avec attention.
Un résident est-il payé pour ce qu’il fait ?
Non, et il n’est pas davantage un employé. Il reçoit le gîte, la table et tout ce qui lui est nécessaire — le vêtement, les outils, les soins et les livres viennent de la maison — sans que rien lui soit retenu ni compté. Le nécessaire étant couvert, chacun dispose d’une réserve personnelle pour ce qui ne l’est pas, et de davantage s’il le demande.
À côté, un compte d’épargne s’accumule à son nom pendant toutes ses années de résidence. Il s’agit d’une prévoyance et non d’un salaire différé, et il est déposé au-dehors et au nom de chacun, pour qu’un homme sorte d’ici avec quelque chose devant lui. La règle tient en une phrase : personne qui vit ici n’est payé, personne qui est payé ne vit ici.
Faut-il de l’argent pour être reçu ?
Non. Un garçon sans moyens est reçu gratuitement, et rien dans la maison ne l’en distingue : ni la chambre, ni la place à table, ni le vêtement, qui lui est remis complet à l’arrivée comme à tous.
La maison vit du travail de ses ateliers, des bourses d’étude, du soutien de ses mécènes — dons et legs —, de fonds institutionnels et de la contribution des familles qui peuvent la donner. S’y ajoute la somme fixe annuelle qu’Al-Munya verse à la Maison.
Le Fondaco et la loi
S’agit-il d’une forme d’extraterritorialité ?
Non, et la distinction est de fond. Aucune dérogation n’est demandée, et il n’est obtenu ni territoire, ni autonomie fiscale, ni politique migratoire, ni exemption des lois d’application générale. Les autorisations ordinaires se demandent comme n’importe qui les demande : la maison, et la coopérative pour la partie agricole, accomplissent les formalités et sollicitent auprès des administrations compétentes les permis que la loi prévoit — permis de construire, autorisations sanitaires, autorisations de dérivation des eaux, inscriptions aux registres. L’association est soumise au droit pénal, au droit du travail, au droit fiscal et aux règles italiennes de la construction exactement comme une école privée.
Ce qui change tient uniquement au rapport entre les membres, qui acceptent par contrat des règles de travail et de vie commune. Les mêmes facultés sont d’usage quotidien chez les ordres religieux, les ordres professionnels et les fédérations sportives.
Est-ce un organisme religieux ?
Non. Les statuts le déclarent de manière expresse : l’association n’exerce aucune activité de culte, elle n’est ni l’expression ni l’émanation d’une confession ou d’une autorité religieuse, et elle ne fait pas de prosélytisme.
L’appartenance religieuse des rifāq relève de leur vie personnelle. La maison met à disposition un espace pour la prière de qui le souhaite, sans que la fréquentation ou l’abstention pèsent en quoi que ce soit sur l’admission, sur les droits attachés à la qualité de membre, sur l’appréciation du travail ou sur le maintien dans la maison.
L’accès est mixte de foi et de culture, et laïque : on est admis nominativement et selon l’aptitude, non selon la foi. De jeunes hommes de culture islamique et arabe et de jeunes hommes de culture occidentale et chrétienne peuvent vivre dans la même maison. La vie commune — atelier, repas partagé, équitation et disciplines de la furūsiyya — constitue une épreuve de connaissance réciproque, non un programme de dialogue ni une préparation religieuse à Fès.
Quel rapport avec le Riad de Fès ?
Les deux maisons sont cousines, non jumelles. Elles partagent le niẓām ad-dār, les enseignes et la mesure des maisons petites ; à Fès le seuil est propre et cultuel, à Raguse mixte de foi et de culture, et laïque. Le Riad n’est pas une filiale du Funduq, ni sa preuve. Nulle rive n’est maîtresse de l’autre.
Qui, à Raguse, maîtrise l’art dans une maison mixte de foi et de culture n’est pas préparé à Fès comme à un degré suivant. Il y acquiert, le cas échéant, l’intelligence d’une civilisation par le métier et par la discipline du corps. Tout rapprochement ultérieur du Riad demeure un choix adulte et personnel.
Une maison pour une seule communauté n’est-elle pas une séparation ?
Il y aurait séparation si l’appartenance découlait de l’origine. Ce n’est pas le cas : on est admis nommément, sur sa propre demande, et toute demande peut être rejetée. Personne n’appartient à la maison en raison de son origine, de sa filiation ou de sa foi.
À cela s’ajoute la clause de réciprocité, par laquelle les statuts et le règlement sont mis à disposition, aux mêmes conditions, de toute communauté qui voudrait constituer une maison analogue. L’histoire des fondouks montre que, lorsque l’accord cesse d’être réciproque, la maison devient un enclos surveillé en l’espace d’une génération ; les sauvegardes servent à rendre ce passage structurellement coûteux.
Pourquoi ne vend-on pas au public ?
Pour une raison arithmétique. Un travail vendu à des marges de détail ne fait pas vivre des maîtres correctement payés, et un atelier qui se met à produire de petits objets destinés à la vente déplace le temps des apprentis là où la recette est immédiate, et cesse d’être une école en l’espace de deux ans.
La production se fait donc sur commande, en pièces uniques ou en petites séries, pour des agences d’architecture et d’architecture intérieure, des chantiers de restauration, des institutions, des collectionneurs et des éditeurs d’art.
Que reçoit celui qui finance ?
Une position économique, dans l’une des deux formes décrites dans la page consacrée au soutien, et aucun pouvoir sur l’assemblée. Les statuts excluent expressément les pouvoirs de nomination, les droits de vote supplémentaires, les catégories spéciales de membres et la faculté de suspendre l’effet des délibérations, et ils interdisent que l’apport de moyens soit subordonné à l’attribution de l’un de ces pouvoirs.
L’hospitalité payante est la partie de l’opération qui dispose de recettes, d’une marge et d’une sortie, et elle se finance séparément auprès de ses propres investisseurs.
Que se passe-t-il si le projet échoue ?
Les cinq conditions qui vaudraient comme verdict sont fixées à l’avance et publiées. Le patrimoine résiduel, en cas de dissolution, est dévolu à un autre organisme du Tiers secteur poursuivant des finalités analogues, selon les dispositions de la loi.
Il vaut la peine de noter que le résultat utile ne dépend pas de la réussite. Une maison qui échoue selon des critères déclarés à l’avance produit une information qui n’existe pas aujourd’hui, à savoir si des règles acceptées par contrat suffisent à tenir une communauté sans l’autorisation d’un État.
Les mineurs participent-ils à la vie de la maison ?
Non. L’association est composée de personnes majeures, et aucun mineur n’est admis à la vie commune, au logement, aux tours de service ou au chantier.
Les activités pédagogiques destinées aux jeunes du territoire se déroulent en journée, sans hébergement, dans des locaux distincts, ordinairement auprès des établissements scolaires ou de formation du territoire, avec du personnel dédié et dans le respect des obligations légales en matière de protection des mineurs.
Les femmes sont-elles admises ?
Non, pas à la résidence. La maison est pensée pour de jeunes hommes : le métier manuel, la futuwwa d’atelier et la furūsiyya nous sont parvenus dans une compagnie masculine, et l’éducation que la maison pratique suppose les dynamiques d’une promotion de jeunes hommes qui vit et travaille ensemble. Une communauté mixte serait autre chose, avec d’autres manières et d’autres résultats.
S’y ajoute le lieu : la maison sœur est à Fès, où une résidence mixte n’est pas praticable, et les deux maisons tiennent la même règle. La limite vaut pour la vie de la maison sous toutes ses formes : la résidence, l’atelier et l’enseignement, maîtres et instructeurs compris. Qui commande le travail, qui l’achète et qui visite la maison n’y entre pas.
Peut-on visiter ?
Pas encore. La propriété n’a pas été acquise et la restauration n’a pas commencé. Il y aura alors trois hospitalités, que distingue le motif pour lequel on vient. Qui veut connaître la maison parce qu’il entend y demeurer fait l’épreuve, rémunérée, et loge dans les chambrées de la Maison. Qui veut la connaître sans se proposer comme membre demande un séjour à terme, de deux semaines à trois mois, et ne paie rien, l’hospitalité étant gratuite. Les nudamāʾ et leurs hôtes séjournent à Dar al-Diyafa, à l’intérieur d’Al-Munya, à leurs frais : le séjour peut être refusé, et il n’ouvre aucune voie d’entrée vers l’association.
Dans l’intervalle, la manière utile d’entrer en contact consiste à écrire.
