
Le glossaire
Les mots qui reviennent dans les cartes des maisons — arabes pour la plupart, persans, berbères, andalous et siciliens pour le reste — réunis en un seul lexique. Là où le Riad et le Fondaco les définissaient chacun à sa manière, les entrées ont été fondues ; à côté de chacune est indiquée la maison qui la garde. 263 entrées.
Le nom de la maison
- Riyadرياضriyāḍ
Demeure arabo-andalouse organisée autour d’un jardin ou d’une cour ouverte au ciel. Le mot est en arabe un pluriel — celui de rawḍa, le jardin — et désigne d’abord les jardins, avant la maison qui les enferme.
- Al-Unsالأنسal-uns
L’intimité cordiale, la familiarité rassurante, la compagnie qui chasse la solitude. Non le bruit ni la confusion : la quiétude pleine de celui qui sait n’être pas seul.
- Wahshaوحشةwaḥsha
La désolation intérieure, l’isolement qui rend étranger à soi et aux autres : le contraire exact d’al-uns.
- Darدارdār
« Maison », au sens plein : le bâti et ceux qui l’habitent. Le mot ouvre le nom de toute institution qui se pense comme un foyer — Dar al-Hiraf, dar al-tirāz.
- Dar al-Aslدار الأصلdār al-aṣl
La maison de l’origine. C’est l’une des deux maisons à l’intérieur d’Al-Munya, et elle loge gratuitement les hôtes de la maison ; les charges sont à la société Al-Munya. Ce n’est pas le logement des membres d’An-Nudama, qui sont hôtes payants de Dar al-Diyafa, et ce n’est pas l’aile d’épreuve : qui est à l’épreuve ou en séjour à terme dort dans les chambrées communes.
- Al-Funduq as-Siqilliالفندق الصقليal-funduq aṣ-ṣiqillī
La maison cousine de Sicile, dans la province de Raguse : même règlement, mêmes enseignes, une autre échelle et une campagne au lieu d’une médina. À Raguse le seuil est mixte de foi et de culture, et laïque ; à Fès il est propre. Le Riad n’est pas une filiale du Funduq, ni sa preuve.
- Al-Mithaqالميثاقal-mīthāq
Le pacte : la charte commune aux maisons de la famille, que chaque membre souscrit en entrant. Elle fixe la règle de vie, les charges et l’arbitrage, de sorte qu’un homme formé dans l’une reconnaisse l’autre.
Dans les sources arabes sur la Sicile réunies par Michele Amari, le pacte (ʿahd, dhimma) est ce qui permettait à des communautés différentes de vivre côte à côte en conservant foi, statuts, ateliers et biens, et garantissait le passage et le respect de l’hôte.
- Baytبيتbayt
La pièce, la chambre, et par extension la maisonnée ; en poésie, le vers. Les salles du hammam en portent le nom.
Idéaux moraux et futuwwa
- Futuwwaالفتوّةfutuwwa
L’idéal de compagnonnage du monde islamique médiéval : il liait le geste à l’honneur, la main à la parole donnée, le ṣāniʿ au maître. Générosité, loyauté, courage, maîtrise de soi, service.
- Fataفتىfatā
« Jeune homme ». La futuwwa est la qualité du fatā — non la jeunesse d’âge, mais une disposition intérieure : généreux jusqu’au sacrifice, loyal jusqu’à la mort, courageux sans vanité, maître de soi avant de l’être des autres.
- Javanmardiجوانمردیjavānmardī
Le pendant persan exact de la futuwwa arabe — même structure, même exigence : générosité, loyauté, maîtrise de soi, service. Les deux traditions se sont nourries l’une de l’autre pendant des siècles.
Persan, non arabe : s’écrit avec le yāʾ final persan (ی).
- Pahlavanپهلوانpahlavān
Le héros du zurkhane. Il est honoré pour sa générosité et sa droiture plus que pour sa seule puissance — exactement comme le fatā de la futuwwa.
- Adabأدبadab
L’étiquette, la tenue, la justesse du comportement et de la parole. Le maître d’un art ne transmet pas seulement des gestes techniques, mais aussi un adab, une manière d’être dans le métier et dans la vie. C’est aussi ce que l’habit traditionnel porte en lui-même — la mesure et la dignité.
- Tahdhib al-akhlaqتهذيب الأخلاقtahdhīb al-akhlāq
L’affinement du caractère : le travail graduel par lequel un homme corrige ses dispositions comme l’artisan redresse une matière. C’est le titre du traité de Miskawayh (XIe siècle) et celui du livre de l’Iḥyāʾ qu’al-Ghazālī consacre à la riyāḍat al-nafs. Le caractère se taille par la répétition et sous une autorité, et ne se reçoit jamais tout fait.
- Sidqصدقṣidq
La véracité : la parole et l’acte coïncident, sans écart, sans exception de circonstance.
- Wafaوفاءwafāʾ
La fidélité à la parole donnée, au maître, aux frères, au pacte — jusqu’à ce que cela coûte, surtout alors.
- Sakhaسخاءsakhāʾ
La générosité radicale : donner avant d’être sollicité, donner ce qui coûte.
- Shajaaشجاعةshajāʿa
Le courage — non seulement face au danger, mais dans la maîtrise de soi : la capacité de contenir sa propre force plutôt que de la déployer sans mesure.
- Nafsالنفسal-nafs
L’âme inférieure, siège des pulsions et de l’orgueil. C’est ce que le fatā apprend à gouverner avant de prétendre gouverner quoi que ce soit d’autre : son atelier, sa maison, un jour peut-être une famille.
- Khidmaخدمةkhidma
Le service rendu — à la maison, aux frères, à l’hôte. La tenue d’atelier reste la même gandoura que porte le reste de la maison, coupée court : même dans le geste du service, on ne quitte pas la forme traditionnelle.
- Sadaqaصدقةṣadaqa
L’aumône, le don gratuit. Dans la tradition islamique, elle trouve sa valeur précisément dans la discrétion avec laquelle elle est accomplie.
- Rafiqرفيق · رفاقrafīq · pl.rifāq
Le compagnon de route : celui avec qui l’on chemine et dont on répond. Le mot dit l’égalité et la durée, là où ṣāḥib dit seulement la fréquentation.
- An-Nudamaالندماءan-nudamāʾ · sing.nadīm
Les compagnons de table. Le mot désigne l’association des soutiens et fondateurs de la Maison, distincte de la Maison et d’Al-Munya. Ce sont les quatre-vingt-dix-neuf fondateurs : un corps distinct, avec une caisse propre, qui finance la Maison. Ce n’est pas une maison et elle n’a pas de logement propre : lorsqu’ils séjournent, ses membres sont reçus à Dar al-Diyafa et acquittent la quote-part comme les autres hôtes. Elle n’a pas voix dans les délibérations.
- Shaddشدّshadd
Le nouage de la ceinture : le geste par lequel les confréries de futuwwa scellaient un engagement pris.
- Asnafأصنافaṣnāf
Les corporations de métier (sing. ṣinf), auxquelles beaucoup de confréries de futuwwa étaient liées. Le métier n’était jamais seulement une technique, mais le véhicule d’une éthique.
- Futuwwatnameفتوتنامهfutuwwatnāme
Les manuels médiévaux de futuwwa : vertus requises, règles de vie commune, rapport maître-disciple, signes extérieurs et degrés d’engagement. Ils codifiaient la lutte, le tir à l’arc et l’équitation comme disciplines formatrices au même titre que le métier et la prière.
Titre persan (nāme, « livre, épître »), pour un corpus largement arabo-persan.
- Tawhidتوحيدtawḥīd
L’unité divine. L’entrelacs géométrique qui se répète sans début ni fin visible est lu, dans la pensée islamique, comme son image : l’unité derrière la multiplicité des formes.
Gouvernement, degrés et transmission
- Atharأثرathar
La trace, le vestige, ce qui demeure après le passage — et, dans le vocabulaire religieux, le rapport transmis d’une génération à l’autre. Au Riad, nom donné à l’œuvre que chaque résident laisse dans les murs au terme de sa formation. Son emploi comme nom de règle de maison est propre au projet.
- Ijazaإجازةijāza
L’autorisation de transmettre, délivrée par un maître à son élève. On n’enseigne pas parce qu’on a appris, mais parce qu’un maître atteste qu’on a appris de lui.
- Sijillسجلّsijill
Le registre. À Dar al-Hiraf, le livre où sont inscrites les œuvres reçues — l’ouvrage, la main, le maître, l’année — ainsi que l’engagement de transmettre à son tour. Il reste dans la maison et n’est pas publié.
- Hubusحبسḥubus
Nom maghrébin du waqf : un bien immobilisé à perpétuité, qui ne peut plus être vendu, donné, hérité ni gagé, et dont les fruits sont affectés à la fin pour laquelle il a été constitué. Les madrasas et les fontaines de Fès ont vécu de cet instrument pendant des siècles.
- At-Tadbirالتدبيرat-tadbīr
L’art de conduire une maison : la gestion mesurée du foyer et de soi-même. C’est le mot classique que la pensée politique islamique réservait au gouvernement de la maison.
- At-Tahkimالتحكيمat-taḥkīm
Le recours à un tiers pour trancher. À Riad Al-Uns : d’abord l’arbitrage (muqaddam, majlis, shaykh), puis — seulement si la parole ne clôt pas et que les deux consentent — une épreuve tirée des disciplines de la maison (lutte, tir, furūsiyya, métier), sous règle et sous témoins. L’issue clôt la question.
- Nizam ad-darنظام الدارniẓām ad-dār
La règle écrite de la maison : les heures, les charges, les usages, et ce qui suit un manquement. Elle vaut du plus ancien au dernier venu, et se lit avant d’entrer.
- Hayat at-tahkimهيئة التحكيمhayʾat at-taḥkīm
Le collège arbitral de trois membres auquel sont déférés les différends entre rifāq en matière contractuelle et associative. Il prolonge dans l’ordre du droit ce que le taḥkīm règle dans l’ordre de l’honneur.
- Aminأمينamīn · pl.umanāʾ
Celui à qui l’on confie : le dépositaire, le fiduciaire. Dans les corporations de la médina, l’amīn répond du métier devant la ville ; dans les maisons de la famille, il siège au conseil.
- Majlis al-umanaمجلس الأمناءmajlis al-umanāʾ
Le conseil des fidèles, de trois ou cinq membres élus par le majlis parmi les rifāq. Il correspond à l’organe d’administration ; chacun de ses membres est un amīn.
- Tazirالتعزيرtaʿzīr
Dans le droit musulman, la correction laissée à l’appréciation de celui qui exerce l’autorité, par opposition aux peines que le texte fixe lui-même, les ḥudūd. Au Riad, elle est toujours bornée dans le temps et prononcée devant l’arbitrage de la maison.
- Ramyرميramy
Le tir, notamment à l’arc. Discipline de la furūsiyya et forme possible de l’épreuve sous le regard : calme, précision, souffle. La Tradition lit dans le Coran 8:60, entre autres, le tir.
- Tadbir al-manzilتدبير المنزلtadbīr al-manzil
« Le gouvernement de la maison ». Ibn Sīnā en faisait, à l’échelle du foyer, le pendant de la siyāsa qui gouverne la cité.
- Siyasaسياسةsiyāsa
Le gouvernement de la cité — l’ordre politique, dont le tadbīr est l’équivalent domestique.
- Al-Hawkamaالحوكمةal-ḥawkama
Le calque arabe moderne de « gouvernance », emprunté au vocabulaire de l’entreprise. Le Riad ne l’emploie pas, car il se pense comme une maison, non comme une institution.
- Ash-Shaykhالشيخash-shaykh
Le responsable de la maison. Il ne porte la couleur d’aucun métier, n’appartenant pas à une corporation, il les représente toutes.
- Al-Muqaddamالمقدّمal-muqaddam, pl. al-muqaddamūn
Les deux conseillers qui assistent l’Ash-Shaykh dans la conduite de la maison.
- Faqihالفقيهfaqīh
Le lettré formé au droit et aux sciences religieuses. Au Riad, c’est une charge de la maison : il règle les heures, enseigne, et vit parmi les résidents, aux mêmes disciplines et à la même table qu’eux.
- An-Naibالنائبan-nāʾib
« Le délégué » : l’un des élèves les plus avancés de chaque corporation, qui assiste les autres ṣāniʿ lorsque le maʿallem est occupé ou absent — sans jamais se substituer à son autorité. Une responsabilité, non un rang.
- Maallemمعلّمmaʿallem, pl. maʿallemīn
Le maître de métier : celui qui possède à la fois la maîtrise technique et l’autorité morale pour transmettre. Transmettre un geste, c’est transmettre une manière d’être dans le métier.
Forme maghrébine (aussi maalem) de l’arabe classique muʿallim. « Celui qui enseigne ».
- Saniصانعṣāniʿ
Dans l’usage marocain de l’atelier, l’apprenti placé sous l’autorité du maʿallem, qui accepte la discipline de l’atelier.
En arabe classique le mot signifie « celui qui fabrique, l’artisan » ; le sens d’apprenti appartient à l’usage dialectal des corporations.
- Hizam al-Itqanحزام الإتقانḥizām al-itqān
« La ceinture de la maîtrise » : la ceinture de cuir à boucle simple, sans ardillon ni trous, dont les trois tons — beige, cognac, marron — indiquent le grade dans l’atelier. Avant le premier degré, le ṣāniʿ ne porte pas de ceinture ; hors de l’échelle, la ceinture au fil d’or de l’Ash-Shaykh. Rien n’est acquis par l’ancienneté seule : la progression suit la compétence réellement montrée.
- Itqanإتقانitqān
L’exécution accomplie : le travail mené jusqu’à sa juste perfection, sans négligence ni excès.
- Malakaملكةmalaka
La qualité stable acquise par la répétition d’un geste, jusqu’à ce que sa forme s’enracine dans l’âme. Ibn Khaldūn, dans la Muqaddima, l’applique indifféremment aux métiers, à la langue, à la foi et à l’art : le métier de l’artisan et la vertu du croyant s’acquièrent de la même manière. Si la riyāḍa est l’opération, la malaka en est le dépôt.
- Madrasa al-ulaالمدرسة الأولىal-madrasa al-ūlā
« La première école » : la famille. La formation ne se sépare pas de la préparation au foyer — l’homme capable d’exercer un métier doit aussi pouvoir conduire une maison.
- Bawwabبوابbawwāb
Le portier, celui qui garde la porte. Au Riad la charge revient à un résident et non à un employé : garder le seuil est son travail et sa part dans la maison, comme un autre a la sienne à l’atelier.
- Al-Khazinالخازنal-khāzin
Le gardien du dépôt des volumes. Dans la tradition de la khizāna, on ne consulte pas parmi les armoires, mais on lit dans les salettes d’étude, en chambre, aux jardins ou au patio. Al-Khazin porte le livre, le reprend, en soigne l’état, le fait restaurer s’il le faut, et veille à ce qui peut entrer. Charge d’un résident, comme le Bawwab garde la porte — non un bibliothécaire de salle ouverte.
- Al-Khizanaخزانةkhizāna
Coffre, armoire, dépôt des volumes. Ce n’est pas une salle de lecture, car les livres y sont gardés sous clé ; on les lit dans les salettes d’étude, en chambre, aux jardins ou au patio. L’accès est un geste — demander, recevoir, rendre — non une promenade entre les rayons.
- Al-Jannanالجنّانal-jannān
Celui qui cultive les jardins de la maison : jardin, espaces verts, verger et potager. Charge d’un résident, non un métier d’atelier. Tenue de même coupe que le Bawwab et Al-Khazin, en vert profond — distinct de l’olive de la Mashrabiya. L’hiver, l’Al-Farwa dans le même ton.
- As-Sanduqالصندوقaṣ-ṣandūq
La caisse commune de la futuwwa : le coffre que les corporations de métier ont entretenu pendant des siècles pour le malade, la veuve, la sépulture et l’établissement du jeune maître. Distincte des comptes de la maison, et administrée par des membres qui n’exercent aucune autorité sur les résidents.
- Qard hasanقرض حسنqarḍ ḥasan
Le « beau prêt » : consenti sans intérêt ni bénéfice, remboursé pour ce qu’il vaut. L’expression vient du Coran (II, 245). C’est la forme sous laquelle la caisse avance à un maître qui s’établit de quoi acheter ses premiers outils.
- Al-Warshaالورشةal-warsha
En arabe marocain, le mot désigne à la fois l’atelier et le chantier. À Dar al-Hiraf il nomme le principe même de l’école : avoir en permanence un ouvrage réel entre les mains, et apprendre le métier dessus plutôt que sur des pièces d’essai.
Métiers et artisanat
- Dar al-Hirafدار الحِرَفdār al-ḥiraf
« La Maison des métiers » : l’école-résidence du Riad, où le premier atelier — sellerie, fer, bois, autour de la selle et de l’ʿudda — ouvre le geste, transmis par un maʿallem.
Ḥiraf (حِرَف) est le pluriel de ḥirfa.
- Hirfaحرفةḥirfa, pl. ḥiraf
Le métier d’art traditionnel. Il n’implique pas seulement une compétence technique de la main, mais une discipline morale : apprendre à répondre d’un métier comme on répond d’une responsabilité.
- Hirafiحِرَفيّḥirafī, pl. ḥirafiyyūn
L’artisan qui possède une ḥirfa : celui qui travaille la matière en y portant intention et exactitude.
- Sinaaصناعةṣināʿa
Le faire, la fabrication : l’art du savoir-faire manuel dans son sens le plus haut.
- Sarrajالسرّاجas-sarrāj
Le sellier : celui qui coupe, coud et garnit le cuir — selle, harnachement, maroquinerie. C’est le premier atelier ouvert à Dar al-Hiraf, et celui autour duquel s’organisent le fer et le bois. Sa couleur est le rouge de Fès.
- Qarbusقربوسqarbūs
L’arçon : l’ossature de bois de la selle, que le menuisier livre nue au sellier. En bois d’oranger, d’olivier ou de cèdre, revêtu de peau de chèvre retreinte par séchage. Chaque cheval a un dos, et l’arçon qui ne convient pas le blesse.
- Tarshihترشيحtarshīḥ
Le tapis de feutre qui va le premier sur le dos du cheval, sous tout le reste : de sept à dix feuilles de laine foulées au savon beldi. Il est l’œuvre des feutriers, non du sellier, et limite le frottement entre l’arçon et l’animal.
- Saffarالصفّارaṣ-ṣaffār
Le dinandier : celui qui bat le cuivre et le laiton, et par extension, au Riad, le fer forgé. La place Seffarine, à Fès, porte le nom de la corporation, et le martèlement y règle encore la journée. Sa couleur est le vert-de-gris.
- Najjarالنجّارan-najjār
Le menuisier-ébéniste : charpente, portes, plafonds peints, claustras de bois tourné. La place et le fondouk Nejjarine, à Fès, portent le nom de la corporation. Sa couleur est l’olive.
- Mujallidالمجلّدal-mujallid
Le relieur : celui qui coud, couvre et restaure le livre. À Dar al-Hiraf, l’atelier du livre réunit la reliure, la restauration, la calligraphie et la dorure du cuir — même peau et mêmes fers que la sellerie, dont il est le voisin de travail et de couleur. Sa couleur est la terre cuite.
- Nassajالنسّاجan-nassāj
Le tisserand : celui qui monte le métier et conduit la trame. L’atelier du tissu réunit le tissage, la broderie tatrīz, la passementerie et la coupe. Sa couleur est l’indigo profond.
- Fakhkharالفخّارal-fakhkhār
Le potier. Le mot désigne à la fois la terre cuite et celui qui la travaille. L’atelier réunit la poterie et le zellīj : même terre, même four, deux usages. Sa couleur est le bleu de Fès.
- Jabbasالجبّاصal-jabbāṣ
Le plâtrier : celui qui sculpte le plâtre sur mur frais, sans reprise possible, et monte les muqarnaṣ. Sa couleur est le plâtre lui-même, blanc chaud.
- Attarالعطّارal-ʿaṭṭār
Le parfumeur-herboriste : celui qui distille, macère et compose. La madrasa al-Attarine, à Fès, tient son nom du souk des ʿaṭṭārīn voisin. Au Riad, il dirige le laboratoire des essences, aux côtés de celui des confitures. Leur couleur est le bleu clair.
- Munawalaمناولةmunāwala
La remise de la main à la main. Dans la tradition du hadith, c’est l’un des modes reconnus de transmission : le maître ne dicte pas le livre, il le tend. Au Riad, l’objet d’une charge — la clé, le registre, le cadran — se remet de la même manière, le jour de la prise et le jour du passage.
- Al-Liwaاللواءal-liwāʾ
L’étendard de la maison. Noir et or, brocart sqalli : avec le manteau d’investiture, le seul emploi de ce tissu. Il ne porte ni titre ni rang, et revient une année durant au dernier homme dont l’œuvre a été reçue dans les murs.
- Shamsaشمسةshamsa
« Petit soleil » : le médaillon rayonnant ou polylobé des frontispices de manuscrits. Au Riad, c’est la forme des enseignes accrochées au-dessus des ateliers et celle du cartouche qui porte le nom de la maison sur l’étendard — une forme de livre, non un écu.
- Khiyataخياطةkhiyāṭa
La couture et la coupe. Le vêtement du Riad est taillé à la main par les artisans de la maison ou de la médina, jamais emprunté au registre industriel.
- Tatrizتطريزtaṭrīz
La broderie. Elle marque, au Riad, la ceinture de grade et le bord des pièces de solennité.
- Khatt maghribiالخط المغربيal-khaṭṭ al-maghribī
L’écriture maghrébine, distincte du naskh et du thuluth orientaux. Née en al-Andalus, elle se fixe à Fès après la Reconquista.
- Khattatخطّاطkhaṭṭāṭ
Le calligraphe. « La calligraphie est une géométrie de l’esprit apparue par un instrument du corps » — Ibn Muqla.
- Qalamقلمqalam
Le calame : le roseau taillé dont l’angle de coupe détermine le trait.
- Basmalaالبسملةal-basmala
La formule bismillāh al-raḥmān al-raḥīm, qui ouvre le Coran et scande la vie quotidienne. C’est le premier exercice de tout apprenti calligraphe : geste fondateur avant d’être motif décoratif.
On la prononce aussi avant de franchir le seuil du hammam, comme avant tout bain. L’usage remonte à une tradition prophétique qui associe la formule au passage vers des lieux d’impureté rituelle ; la mémoire populaire y a greffé plus tard la croyance que les jinn, êtres invisibles évoqués dans le Coran, faits de feu sans fumée, affectionnent les lieux humides et peu fréquentés.
Cette seconde explication appartient à la mémoire populaire et non au cœur de la doctrine — un autre exemple de la manière dont le sacré et le quotidien restent, au Maroc, intimement mêlés.
- Zillijزليجzillīj (zellige)
L’art des tesselles de céramique émaillée, taillées une à une et assemblées selon des grilles géométriques. Il naît à Fès sous les Mérinides, aux XIIIe–XIVe siècles.
Le terme dérive d’une racine arabe qui désigne la petite pierre polie.
- Minqashمنقاشminqāsh
Le marteau de tailleur de zillīj : chaque pièce est détachée à la main d’un carreau émaillé monochrome.
- Gebsجبسgebs (jibs)
Le plâtre sculpté. Travaillé frais au couteau, il couvre murs, arcs et coupoles d’un réseau végétal, épigraphique et géométrique.
- Alfizالحيّزal-ḥayyiz · esp.alfiz
L’encadrement rectangulaire qui enserre un arc et le rattache au mur, dans l’architecture andalouse et maghrébine. De l’arabe al-ḥayyiz, l’espace délimité.
- Yeseriayesería · esp.
Le nom espagnol du plâtre sculpté de l’architecture andalouse, celui que le Maghreb appelle gebs : entrelacs, épigraphie et arcs découpés, taillés dans la masse avant qu’elle ne sèche.
- Tadelaktتادلاكتtadelakt
L’enduit de chaux serré à la pierre dure et traité au savon noir, qui devient imperméable sans joint ni carrelage : le revêtement des hammams, des bassins et des vasques. Le nom vient du verbe dellek, frotter.
- Muqarnasمقرنصmuqarnaṣ
Les alvéoles en nid d’abeille ou en stalactites qui couvrent coupoles, portails et chapiteaux — le mocárabe des langues ibériques. Porté à son sommet dans les médersas de Fès.
- Mashrabiyyaمشربيةmashrabiyya
La fenêtre grillagée, close et en saillie, de bois tourné. En français moucharabieh. Elle filtre la lumière et le regard sans arrêter l’air. Assemblage géométrique sans clou ni colle.
- Tirazطرازtirāz
L’inscription tissée ou brodée courant le long d’un vêtement ou d’un tissu de maison — et, par extension, l’atelier qui la produit.
- Dar al-tirazدار الطرازdār al-tirāz
L’atelier d’État du tirāz, de l’Égypte fatimide à l’Andalousie omeyyade. Le tissu inscrit y scellait la khilʿa.
- Tiraz khassa / ammaطراز خاصّة · طراز عامّةtirāz khāṣṣa · tirāz ʿāmma
Le tirāz réservé d’abord au souverain (khāṣṣa), puis étendu aux dignitaires (ʿāmma).
- Khilaخلعةkhilʿa
Le don d’une robe d’honneur : geste politique autant que textile, par lequel un souverain reconnaissait et liait à lui.
- Sqalliسقلّيsqallī
À Fès, le fil d’or et d’argent. Toute une corporation, les maʿallemīn sqallī, se consacre à sa fabrication : batteurs d’or, lamineurs, tréfileurs, fileuses.
Une hypothèse répandue, sans confirmation académique certaine, rattache le nom à la Sicile (Siqilliyya).
- Mrema bejebbadالمرمة بالجبّادmrema bejebbad
Le métier à tirage du brocart, où les rôles se répartissent : le zouaq dessine le motif, le nyar monte le métier, le medewar prépare les bobines, le jebbad tisse — sous l’autorité du maʿallem.
- Al-inbiqالإنبيقal-inbīq
L’alambic. Le mot arabe est hérité du grec ambix et a donné, par l’espagnol, l’« alambic » des langues européennes.
- Itrعطرʿiṭr (attar)
L’essence concentrée, obtenue par distillation lente : pour la peau et le linge, là où l’eau de rose reste pour le visage, la table et le rituel.
- Madrasaمدرسةmadrasa (medersa)
L’école. Bou Inania et al-ʿAttarin, à Fès, restent les témoins les plus achevés de la rencontre du plâtre sculpté, du zillīj et du bois de cèdre sur un même mur.
Vêtement — Al-Kiswa
- Libasلباسlibās
L’habit, le vêtement. Il ne désigne pas seulement une couverture du corps, mais la dignité visible, la compostezza et le respect dû au lieu et à la communauté.
- Al-Kiswaالكسوةal-kiswa
L’habit. À Dar al-Hiraf, al-kiswa al-khāṣṣa désigne le système de signes vestimentaires propre à la maison : gandora, calotte de métier, ceinture de grade, khirqa.
- Zinaزينةzīna
L’ornement. « Ô fils d’Adam, parez-vous de vos plus beaux atours à chaque prosternation » (sourate al-Aʿrāf, 7:31) — entendu ici comme propreté et décence, non comme parure.
- Satr al-awraستر العورةsatr al-ʿawra
Le fait de couvrir ce qui doit l’être, selon le décor de la tradition et de la prière : des épaules aux chevilles, dans un tissu propre.
- Awraعورةʿawra
Les parties du corps qu’il convient de couvrir. Dans la prière, l’égalité entre les élèves prévaut sur tout signe de grade ou de métier.
- Qamisقميصqamīṣ · kamis
Tunique droite, légère, sans capuche, jusqu’aux chevilles. Coton ou satin blanc. C’est le vêtement de la prière : sans broderie, sans ceinture, sans signe.
- Ghanduraغندورةghandūra (gandoura, gandora)
Tunique d’intérieur sans capuche, variante du qamīṣ. Au Riad c’est la pièce de base : taillée pour épouser un corps entraîné, sans jamais tomber dans l’ajusté de coupe occidentale.
- Djellabaجلابةǧallāba · jellaba
Longue robe ample à capuche pointue (qob). Pièce quotidienne et de sortie : coton ou lin l’été, laine l’hiver. Colonne vertébrale du vestiaire masculin maghrébin.
- Qobقبqob
La capuche pointue de la djellaba : elle protège du soleil et du froid.
- Selhamسلهامsilhām · selham
Large manteau de laine, ouvert, sans manches, à capuche. On le porte par-dessus la djellaba par temps froid ou à cheval. Signe de dignité et de protection.
- Al-Farwaالفروةal-farwa
Le manteau d’hiver de la maison, taillé pour le froid des matins et des cours ouvertes.
- Jabadurجبادورǧabādūr · jabador
La veste droite, fermée par une rangée de boutons ʿaqad tressés à la main et portée sur le serwal. Au Riad, elle est écrue chez qui n’exerce pas de charge, et prend la couleur de la charge tant qu’il l’exerce.
- Sirwalسروالsirwāl (serwal)
Pantalon large. Au Riad il remplace le jean : dans la vie quotidienne, le vêtement traditionnel est la norme, non l’exception.
- Madammaمضمةmaḍamma (mdama)
Le cordon tressé, noué par-dessus la veste dans la couleur de la charge, tant qu’elle dure. Avec la veste et le manteau, il forme les trois pièces qui indiquent une fonction ; il ne remplace pas la ceinture de cuir, que celui qui a un grade garde dessous.
- Aqadعقدʿaqad · aakad
Les boutons sphériques tressés à la main qui ferment le jabādūr, dans la tonalité de la veste.
- Sfifaسفيفةsfīfa
Le cordonnet brodé traditionnel marocain. Il borde l’ouverture frontale de la gandora dans une couleur unique, identifiable au premier coup d’œil comme la marque de la maison.
- Belghaبلغةbelgha
La babouche de cuir, souple, sans contrefort. Au Riad elle est teinte dans la couleur du métier, comme l’ensemble de la corporation.
- Taqiyyaطاقيةṭāqiyya · taguia
Petit calot rond, bien ajusté au crâne : la pièce la plus simple et la plus courante, portée pour la prière comme dans la vie quotidienne. Au Maroc, taguia.
- Tarbushطربوشṭarbūsh (tarbouche, fez)
Coiffe cylindrique de feutre rouge, souvent à pompon de soie noire. Héritage urbain ottoman et maghrébin.
- Qubbaat al-hirfaقبعة الحرفةqubbaʿat al-ḥirfa
La calotte de métier de Dar al-Hiraf : feutre rigide, parois verticales, surface plate, sans pompon, avec un fin bordage brodé — à mi-chemin entre la ṭāqiyya et le ṭarbūsh, mais plus sobre. Sa couleur indique le métier du porteur.
- Imamaعمامةʿimāma · rezza
Le turban : pièce de tissu enroulée autour de la tête ou de la ṭāqiyya. Variante plus solennelle, encore présente dans les milieux traditionnels.
- Shashiyyaشاشيةshāshiyya (chechia)
Forme voisine de la ṭāqiyya, plus souple, parfois en laine ou en feutre. Usage quotidien et de prière.
- Al-Hullaالحُلّةal-ḥulla
La surtunique du maʿallem, dans la couleur de son métier, en damas tissé ton sur ton — le passage d’une identité visuelle collective à une identité pleinement personnelle.
- Al-Khirqaالخرقةal-khirqa
Le manteau d’investiture, remis et non simplement porté : le maître revêt personnellement l’élève, scellant son entrée ou son avancement. Sur le modèle de la tradition derviche de la khirqa.
- Hibaهيبةhiba
La prestance qui impose le respect. C’est le seul moment où le vêtement de la maison la vise ouvertement — celui de la khirqa ; partout ailleurs, la sobriété prime.
- Futaفوطةfūṭa
Le tissu du hammam : un panneau unique de lin léger, noué à la taille. L’entraînement se referme au hammam, non dans le vestiaire.
- Izarإزارizār
La pièce d’étoffe nouée aux reins, portée sous la tunique. Premier terme de la superposition : izār → serwal → qamīṣ → djellaba ou jabādūr.
- Tonbanتنبانtonbān
Le pantalon court de cuir travaillé, serré à la taille et sous le genou, propre à la lutte du zurkhane.
- Lungلنگlung (loang)
Le simple pan de tissu enroulé à la taille, porté pour l’exercice courant au zurkhane.
- Kispetkispet
Le pantalon de cuir de la lutte ottomane. Quand toute étoffe ample devient un obstacle à la prise, seul le cuir ajusté demeure : deux traditions distinctes sont parvenues, chacune à sa manière, à la même réponse.
Terme turc. La lutte ottomane (yağlı güreş) est une lignée distincte de la muṣāraʿat al-nūba.
- Thawb · Dishdasha · Kanduraثوب · دشداشة · كندورةthawb · dishdāsha · kandūra
Les tuniques longues quotidiennes du Golfe, portées avec la ghutra fixée par l’ʿiqāl.
- Ghutra & iqalغترة · عقالghutra · ʿiqāl
Le voile de tête du Golfe et le cordon noir qui le maintient.
- Kufiyyaكوفيةkūfiyya (keffiyeh)
Le carré de tissu drapé sur les épaules — variante du Mashreq et du Levant.
- Bishtبشتbisht
Manteau cérémoniel du Golfe, ouvert, souvent bordé d’or.
- Qabaقباqabā
Le manteau long persan, souvent ouvert devant, porté sur le pirahan et le shalvār.
- Salvar · Cepken · Kusakşalvar · cepken · kuşak
La garde-robe ottomane : pantalon bouffant, veste courte à manches ouvertes, ceinture d’étoffe. Rien de la djellaba ni du qob dans cette ligne.
Termes turcs, indiqués ici pour la comparaison des lignes de vêtement.
Discipline du corps — Furusiyya
- Furusiyyaالفروسيةfurūsiyya
La tradition chevaleresque arabo-islamique, qui unissait corps, arc, lutte et épée sous un seul système de formation. Avant de se spécialiser, le corps devait d’abord être rendu capable.
- Farasفرسfaras
Le cheval — la racine même du mot furūsiyya : au sens le plus strict, l’équitation, première et plus ancienne des disciplines chevaleresques, celle qui donne son nom à toutes les autres.
- Al-uddaالعُدّةal-ʿudda
Le harnachement, l’équipement du cheval. Ce que l’on met sur le cheval figure ce que la maison met autour de l’homme : le cadre qui permet de se tenir, non de se briser.
- Al-Lijamاللجامal-lijām
La bride : ce qui lie la tête du cheval à la main du cavalier. Figure de la règle qui relie l’impulsion à une direction.
- Al-Hakamaالحكمةal-ḥakama
La partie de la bride qui entoure la bouche et le menton du cheval — de la même racine que ḥakama, gouverner ; le mors proprement dit se dit ash-shakīma. Figure du frein qu’un homme pose à ce qui, en lui, voudrait l’emporter. Les passions ne s’éteignent pas, mais on les imbride.
- Al-inanالعنانal-ʿinān
Les rênes : le fil par lequel la main conduit. Figure de la direction fine — non la force brute, mais l’indication.
- As-Sarjالسرجas-sarj
La selle : l’assiette du cavalier. Figure de la règle qui permet de durer — l’assise sans laquelle on ne tient pas la course.
- Al-Jullالجلal-jull
La housse, la couverture du cheval. Figure de ce qui protège et honore le corps au travail — non le luxe, la dignité de l’effort.
- Al-Bitanaالبطانةal-biṭāna
La sangle qui fixe la selle. Figure de ce qui serre juste : trop lâche, tout glisse ; trop dur, on blesse.
- Ar-Rikabالركابar-rikāb
Les étriers. Point d’appui du pied : figure de l’appui stable sans lequel le corps ne peut ni monter ni tenir.
- Al-Mihmazالمهمازal-miḥmāz
Les éperons. Ils n’existent pas pour blesser, mais pour rappeler. Figure de l’incitation juste — le sursaut, non la violence.
- Al-Labab wa-l-haqabاللبب والحقبal-labab wa-l-ḥaqab
Poitrail et croupière : ce qui retient la selle devant et derrière. Figure des limites qui empêchent le cadre de glisser quand la course s’accélère.
- Al-Farisالفارسal-fāris
Le cavalier. Celui qui se tient sur le cheval et se commande en même temps que la monture. Sans lui, l’ʿudda n’est que cuir et métal.
- As-Saisالسائسas-sāʾis
L’écuyer, le soigneur du cheval. Figure du service discret sans lequel le cavalier n’a pas de monture prête — le soin avant la parade.
- Al-Muhrالمُهرal-muhr
Le poulain encore indompté. Figure de celui qui entre à Dar al-Hiraf : la communauté fournit mors, bride, éperons et selle ; c’est lui-même qui doit se tenir.
- Al-Furusiyya al-Muhammadiyyaالفروسية المحمديةal-furūsiyya al-muḥammadiyya
Le traité d’Ibn al-Qayyim, qui fit de la furūsiyya une discipline spirituelle autant que physique.
- Rimayaرمايةrimāya
Le tir à l’arc traditionnel : discipline de posture, de respiration et de présence — la main se règle sur le souffle avant de se régler sur la cible.
- Sayf wa-l-tursالسيف والترسsayf wa-l-turs
« L’épée et le bouclier » : l’escrime traditionnelle, où les deux mains apprennent deux tâches inséparables.
- Tursترسturs
Le bouclier : cuir tendu sur âme de bois, orné d’une étoile à huit branches, tenu par une sangle d’avant-bras et une poignée centrale.
- Musaraaمصارعةmuṣāraʿa (Musara)
La lutte. Corps à corps avec un frère : école de retenue autant que de force — la maîtrise du geste qui pourrait blesser et qui ne blesse pas. Forme admissible de l’épreuve d’honneur sous At-Tahkim.
- Musaraat al-nubaمصارعة النوبةmuṣāraʿat al-nūba
La lutte nubienne, attestée depuis l’Égypte antique et vivante aujourd’hui au Soudan. Sur un sol de sable, sans soumission ni immobilisation au sol : seule compte la chute maîtrisée de l’adversaire.
- Yagli guresyal gre
La lutte ottomane à l’huile, en pantalon de cuir (kispet) : tradition documentée depuis des siècles, mais distincte de la muṣāraʿat al-nūba — la première se pratique debout, la seconde travaille au sol.
Les deux lignées ne se confondent pas.
- Zurkhaneزورخانهzūrkhāne
« La maison de la force » : le gymnase traditionnel persan où le javānmardī se pratique dans le corps. Reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
- Gowdگودgowd
La fosse octogonale légèrement enfoncée au centre du zūrkhāne, sous un dôme percé d’une unique ouverture zénithale.
- Morshedمرشدmorshed
Le maître assis en retrait qui rythme l’exercice au tambour et au chant héroïque : il ne commande pas les corps, il les accorde.
- Mil · sang · kabbadeمیل · سنگ · کبادهmīl · sang · kabbāde
Les instruments du zūrkhāne : les massues de bois, les boucliers lestés, l’arc d’exercice à chaîne.
- Tahtibتحطيبtaḥṭīb
L’art du bâton, né dans l’Égypte ancienne et vivant en Haute-Égypte. C’est un dialogue plutôt qu’un combat : deux hommes, deux bâtons, un rythme de tambour qui règle chaque geste. L’emporte celui qui touche sans perdre la mesure, et non celui qui frappe fort.
- Asa · Nabbutعصا · نبوتʿaṣā · nabbūt
Le bâton du taḥṭīb : de 1,20 à 1,50 mètre — assez long pour exiger une gestion précise de la distance, trop léger pour blesser gravement s’il est manié avec justesse.
- Tabla baladiطبلة بلديṭabla baladī
Le tambour qui règle le duel de taḥṭīb, accélérant par paliers : chaque changement de tempo impose aux deux hommes une nouvelle lecture de l’espace et du geste de l’autre.
- Riyadaرياضةriyāḍa
L’exercice du corps. Le mot désignait d’abord le dressage du cheval — même racine que riyāḍ — et garde de cette origine son sens exact : une force que l’on éduque, non que l’on exhibe.
- Riyadat al-nafsرياضة النفسriyāḍat al-nafs
L’entraînement de l’âme — le mot même qui désigne l’exercice du corps, appliqué à la correction du caractère. Al-Ghazālī en fait le titre du vingt-deuxième livre de l’Iḥyāʾ ʿulūm al-dīn et y parle des vices avec le vocabulaire du médecin. La maison tient les deux ensemble — riyāḍat al-badan wa riyāḍat al-nafs — plutôt que de les opposer : un seul geste, deux matières.
- Jasadجسدjasad (anchebadan, بدن)
Le corps. Il n’est dans cette tradition ni un obstacle à mortifier ni un instrument à flatter, mais un dû dont on répond : « ton corps a un droit sur toi » (إن لجسدك عليك حقا), parole prophétique rapportée par al-Bukhārī (n° 1975) à un homme qui jeûnait tous les jours et veillait toutes les nuits. La formation physique relève ainsi de la justice avant de relever de la force.
- Al-aql as-salim fi l-jism as-salimالعقل السليم في الجسم السليمal-ʿaql as-salīm fī l-jism as-salīm
« La raison saine dans le corps sain » : calque arabe moderne du vers de Juvénal, entré par le français et l’anglais à l’époque de la nahḍa et répandu par l’école. Ce n’est pas un proverbe arabe classique — il est absent des grands recueils, tel le Majmaʿ al-amthāl d’al-Maydānī. La maison ne l’emploie pas, car elle dispose de riyāḍat al-badan wa riyāḍat al-nafs, qui dit la même chose sans supposer que le corps et l’âme aient d’abord été séparés.
- Ribatالرِّبَاطar-ribāṭ
Le lien qui retient et le poste que l’on garde. Le Coran dit ribāṭ al-khayl (al-Anfal 8:60) — les chevaux tenus prêts : le mot désigne à la fois la longe et la vigilance. De la même racine viennent les ribāṭ du Maghreb, ces postes fortifiés où l’on veillait et où l’on se formait. Ce que la corde fait au cheval, la règle du jour le fait à l’homme : elle le tient disponible.
- Rifqالرِّفقar-rifq
La douceur, le ménagement dans l’usage de la force. Elle est due aux bêtes comme aux hommes : « la douceur n’est en aucune chose sans la parer, et n’est ôtée d’aucune chose sans la défigurer » (Muslim, n° 2594). C’est la mesure du frein — un mors trop dur ferme le cheval, une main qui blesse ne conduit plus, mais contraint.
- As-Sarbaالسَّرْبَةas-sarba
La troupe alignée de la tbourida : une quinzaine de cavaliers sous l’autorité d’un muqaddam qui tient le centre de la ligne et donne le départ. L’honneur ne va pas au plus rapide — la troupe est jugée sur le départ pris ensemble et sur les fusils tirés en un seul son. Un homme qui devance la perd pour tous.
- Tbouridaالتبوريدةat-tabūrida
Le jeu équestre marocain hérité des charges de cavalerie : la sarba part au galop sur une piste droite et décharge ses fusils à poudre au même instant. Ce qui s’y apprend est la tenue de la ligne plutôt que la vitesse — la figure la plus exacte de la vie commune.
- Al-Inayaالعِنَايَةal-ʿināya
Le soin quotidien du cheval : panser la robe, curer le pied, graisser le cuir, essuyer les boucles une fois la bête rentrée. C’est la part du travail qui ne se montre pas et qui rend le harnachement possible. On juge un homme sur ce qu’il fait quand personne ne regarde ; le cheval, lui, ne s’y trompe pas.
- An-Nalالنَّعْلan-naʿl
Le fer du cheval, et par extension la ferrure. Un clou mal posé ne se voit pas au départ, mais au troisième kilomètre. Le même mot désigne la semelle et la sandale — ce qui porte, et qu’on ne regarde jamais.
- Al-Labadاللَّبَدal-labad
Le feutre posé sous la selle pour que le bois de l’arçon ne blesse pas le dos. Rien n’en paraît une fois la selle sanglée, mais exactement pour cela qu’il compte.
- Ar-Rasanالرَّسَنar-rasan
La longe. Elle n’entrave pas le cheval, mais le garde disponible. Un cheval qui divague n’est pas libre — il est introuvable le jour où l’on en a besoin.
- Jinetaزناتةalla jineta (diZanāta)
La monte andalouse à étriers courts et jambe pliée, le cheval conduit à la voix et au déplacement du poids plutôt qu’à la force du bras. Le nom vient des Zanāta, cavaliers berbères passés en al-Andalus. La selle maghrébine en descend : c’est une école de finesse avant d’être une école de force, et l’Espagne, qui l’a apprise de ce côté-ci de la mer, lui a laissé leur nom.
- Hilyat al-fursanحلية الفرسانḥilyat al-fursān wa-shiʿār ash-shujʿān
« La parure des cavaliers et l’insigne des braves », traité d’Ibn Hudhayl al-Andalusī, écrit à Grenade au XIVe siècle. Il décrit l’équipement pièce par pièce et le rapporte constamment à la tenue morale de celui qui le porte : c’est le livre qui lie le plus explicitement l’ʿudda et le caractère.
- Ibn Akhi Hizamابن أخي حزامibn akhī ḥizām
Écuyer du calife à Bagdad au IXe siècle, auteur du Kitāb al-furūsiyya wa-l-bayṭara : le plus ancien traité arabe conservé qui réunisse le dressage et le soin. On n’y sépare pas monter et panser — c’est un même métier.
- At-Tarsusiالطرسوسيaṭ-Ṭarsūsī
Auteur, au XIIe siècle, de la Tabṣirat arbāb al-albāb, composée pour Saladin : armement et harnachement décrits pièce par pièce, avec leur fabrication. Le harnachement y est affaire d’atelier autant que d’équitation.
Son, parole et écoute
- Al-Alaالآلةal-āla
Littéralement « l’instrument » : la musique classique arabo-andalouse du Maghreb, pour orchestre d’instruments, le répertoire porté en Afrique du Nord par les exilés d’al-Andalus et conservé dans des recueils de nawbat. C’est la musique des concerts du programme public.
- Nubaنوبةnūba (nouba)
La forme structurante de l’al-āla : une suite musicale longue, organisée en mouvements de tempo croissant, chacun avec ses propres poèmes chantés. Onze subsistent aujourd’hui sur les vingt-quatre que la tradition orale rapporte.
- Munshidمنشدmunshid
Le chanteur principal : il porte le poème autant que la mélodie. La voix est portée, non forcée.
- Malhunالملحونal-malḥūn
Poésie chantée en arabe dialectal, art de la parole rythmée né dans les corporations artisanales des villes marocaines. Le répertoire appartient aux métiers plutôt qu’à la cour, et trouve à ce titre sa place dans une maison de métiers.
- Shaykh al-malhunشيخ الملحونshaykh al-malḥūn
Le maître qui transmet un répertoire de malḥūn à quelques disciples, selon le même rythme d’apprentissage que celui du zillīj ou de la calligraphie.
- Qasidaقصيدةqaṣīda
Le poème long, souvent de plusieurs dizaines de vers, chanté a cappella puis repris par un petit ensemble. Les thèmes vont de l’amour mystique à l’évocation très concrète du monde artisanal — outils, gestes, matières.
- Gnawagnawa
Musique de transmission héritée des confréries d’origine subsaharienne installées au Maroc depuis des siècles : répertoire oral, extérieur au canon écrit de la poésie arabe classique.
- Guembriguembri
Le luth-tambour à trois cordes qui porte le gnawa : la caisse frappée sert de percussion autant que de résonateur.
- Qraqebqraqeb
Les crotales de métal du gnawa, tenues par paires et frappées à contretemps.
- Lilaليلةlila
« La nuit » : la cérémonie complète du gnawa, qui peut durer une nuit entière. Elle associe à chaque couleur de tissu et à chaque rythme une entité spirituelle précise, que le chant vient invoquer puis apaiser.
- Samaسماعsamāʿ
Littéralement « l’écoute » : l’audition recueillie de chants et de poésie mystique, pratiquée pour libérer le cœur de la dispersion du monde. Certaines veillées de la maison se referment sur elle.
- Hadraحضرةḥaḍra
Au Maghreb, la veillée de dhikr collectif, souvent en cercle, portée par le bendir et parfois par le nāy, avec un balancement mesuré du corps.
Bien distincte de la rotation des derviches Mevlevi, ordre né à Konya, étranger à la tradition du Riad.
- Dhikrذكرdhikr
L’invocation répétée du nom divin — le cœur de la ḥaḍra.
- Bendirبنديرbendir
Le tambour sur cadre, à une peau, avec cordes de timbre : la voix rythmique de la ḥaḍra.
- Nayنايnāy
La flûte de roseau oblique, au son grave et voilé, associée depuis longtemps à l’expression spirituelle autant que profane.
- Udعودʿūd
Le luth à manche court et caisse bombée : cœur harmonique de l’ensemble andalou.
Architecture, eau et jardin
- Wast ad-darوسط الدارwasṭ ad-dār
« Le milieu de la maison » : le patio, cour intérieure ouverte au ciel autour de laquelle tournent la lumière, l’eau et la vie commune.
Le mot ṣaḥn (صحن), parfois donné comme équivalent, désigne plutôt la cour de la mosquée.
- Funduqالفندقfunduq · fondouk
L’auberge marchande de la médina : une cour, ateliers et magasins au rez-de-chaussée, cellules inégales ouvertes sur une galerie à l’étage, une porte unique et un portier. Le mot vient du grec pandokeion, et a donné l’italien fondaco et l’espagnol alhóndiga.
C’est à ce type que la maison emprunte le travail et le sommeil, tandis que le riad lui donne la cour, l’eau et la vie commune.
- Munyaالمنيةmunya
Dans l’al-Andalus omeyyade, la propriété close hors les murs où l’on se retirait : jardins irrigués, eau courante, vergers, compagnie choisie. Le mot a donné l’espagnol almunia. Dans le projet, Al-Munya est l’hôtellerie : le corps, et la société qui le tient. Dedans : Dar al-Asl, où logent sans contrepartie les hôtes de la maison (charges à la société), et Dar al-Diyafa, où logent les nudamāʾ et leurs hôtes (produits à la société). La société verse à la Maison — Riad ou Funduq — une somme fixe annuelle, jamais un pourcentage sur les recettes ; en Sicile, c’est Dar al-Diyafa, portée par un véhicule distinct avec ses propres investisseurs, qui la verse à Al-Funduq.
- Wahaواحةwāḥa
L’oasis. Elle naît de la décision d’un groupe humain de rester et de faire fructifier l’eau rare, et ne doit rien au hasard. Le principe qui gouverne la moindre cour du Riad est déjà là — l’eau organisée, jamais gaspillée.
- Salsabilسلسبيلsalsabīl
Dalle inclinée, souvent ondulée, sur laquelle l’eau descend en fine lame. La forme maximise la surface exposée à l’air, et avec elle l’évaporation, l’oxygénation et le bruit qui couvre les voix.
- Fisqiyyaفسقيةfisqiyya (fisqiya)
La vasque au ras du sol, au centre du patio : elle offre le reflet du ciel et le murmure qui accompagne la conversation. On la retrouve au Patio de los Leones et au Patio de la Acequia de l’Alhambra.
- Khettaraخطارةkhettāra, pl. khettarāt
Galerie drainante souterraine, héritée de techniques perses et berbères : elle a permis pendant des siècles d’amener l’eau vers les oasis et les jardins sans pompage mécanique.
- Seniaالسانيةas-sāniya · esp.aceña, sic.senia
La roue à godets qu’un animal fait tourner pour élever l’eau d’un puits jusqu’au canal du jardin. Le mot a suivi la roue en Espagne et en Sicile, où il désigne aussi le jardin qu’elle irrigue.
- Aljibeالجبal-jubb · esp.aljibe
La citerne couverte, où l’eau de pluie ou celle de la conduite se garde à l’abri de la chaleur et de l’évaporation. De l’arabe al-jubb, le puits.
- Albercaالبركةal-birka · esp.alberca
Le bassin rectangulaire du jardin andalou, réservoir d’irrigation autant que miroir où se pose l’architecture. De l’arabe al-birka, l’étang.
- Qanatقناةqanāt
La galerie souterraine, légèrement inclinée, qui capte l’eau d’une nappe et la conduit par gravité jusqu’au jardin sans pompe ni machine. Née en Iran, la technique porte au Maroc le nom de khettara.
- Acequiaالساقيةas-sāqiya
Le canal d’irrigation à ciel ouvert de l’Espagne musulmane, qui conduit l’eau du partage jusqu’aux parterres. Le mot vient de l’arabe as-sāqiya, et l’Alhambra en garde le plus célèbre exemple, au Patio de la Acequia.
- Malqafملقفmalqaf
« Le capteur » : la tour qui capture le vent et le conduit vers l’intérieur de la maison. On en trouve la trace dès l’Égypte pharaonique ; l’époque islamique reprend et affine la technique.
- Badgirبادگیرbādgīr
En Perse et dans le Golfe, la tour à vent multidirectionnelle — plutôt qu’orientée vers un seul vent dominant. Une variante du même geste architectural, née du même besoin.
- Bustanبستانbustān
Le jardin clos, le verger. Au Riad, c’est le jardin secret, distinct du jardin principal et du potager sans s’en séparer.
- Chahar baghچهار باغchahār bāgh
Le jardin quadripartite persan : quatre canaux qui évoquent les quatre fleuves du paradis. Continuité directe à Ispahan et Chiraz, monumentalisée dans l’Inde moghole.
- Paradeisos · pairi-daezaπαράδεισοςparadeisos · pairi-daēza
Le mot grec à l’origine de notre « paradis » vient du vieux perse pairi-daēza, « enclos circulaire ». Dès l’époque achéménide, le jardin est déjà l’image du cosmos et du pouvoir royal.
- Ibriqإبريقibrīq
L’aiguière. À chaque hôte qui franchit le seuil, la maison offre les mains lavées à l’eau de rose, versée d’un ibrīq dans un ṭisht, avant même le premier mot d’échange.
- Tishtطشتṭisht
Le bassin de cuivre ou d’étain qui reçoit l’eau versée de l’ibrīq : purification autant qu’accueil.
- Auleαὐλήaulē
La cour de la maison grecque. À Olynthe, les maisons s’ouvraient déjà sur une cour intérieure orientée pour recevoir le soleil bas de l’hiver et s’ombrager en été.
- Atrium · domusatrium · domus
La domus romaine s’organise autour de l’atrium, cour à ciel ouvert qui recueille l’eau de pluie — le même principe qui deviendra, des siècles plus tard, le patio andalou puis marocain.
- Bagliobaglio
La ferme fortifiée sicilienne : cour close, façades aveugles vers l’extérieur, vie tournée vers l’intérieur. La même logique que le patio andalou et maghrébin, atteinte par des voies distinctes plutôt que par emprunt direct.
Le nom dérive probablement du français ballium. Une hypothèse minoritaire y voit un emprunt à l’arabe bahah, « cour ».
- Nevieraneviera · sic.
Fosse ou coupole enterrée où la neige d’hiver, couverte de fougères et de feuillages, se conservait jusqu’à l’été. Un commerce documenté sur les Iblei et sur l’Etna entre le dix-septième et le dix-neuvième siècle.
- Camera dello sciroccocamera dello scirocco · sic.
La pièce fraîche creusée dans la roche sous les maisons siciliennes, où l’on se retirait aux jours de vent chaud. Reliée souvent à une galerie d’eau ou à une citerne, elle refroidit l’air par la terre et par l’humidité.
- Funnacufunnacu · sic.
La forme sicilienne de fondaco, au sens d’auberge avec écurie. La lexicographie du XIXe siècle enregistre le funnacaru, celui qui la tient.
- Atabaعتبةʿataba
Le seuil. Dans la tradition islamique il porte une règle, au-delà de la simple limite de propriété. On ne le franchit qu’après s’être annoncé et avoir été reçu.
- Dribaدريبةdrība
Le vestibule en équerre qui suit la porte d’entrée et empêche le regard d’atteindre la cour. C’est sur la driba que s’ouvrent les parloirs, avant le tournant.
Maroc, diminutif de derb. L’arabe classique dit plutôt saqīfa ou dihlīz.
- Maqṣūraالمقصورةmaqṣūra
La chambre close où la maison reçoit sans ouvrir son intérieur. Au Riad il y en a trois : elles s’ouvrent sur la driba, avant le coude, et c’est là que se tient la rencontre de la khitbah, en présence des proches. Dans la mosquée, à l’origine, l’enclos réservé qui sépare sans exclure.
- Sqifaسقيفةsaqīfa
Le vestibule couvert, l’auvent qui abrite l’entrée d’une maison. Terme classique dont la driba marocaine est l’équivalent d’usage.
- Dahlizدهليزdihlīz
Le corridor d’entrée, entre la porte et la cour — l’espace qui n’est déjà plus la rue et pas encore la maison. Mot d’origine persane passé très tôt en arabe.
- Istidhanاستئذانistiʾdhān
La demande de permission avant d’entrer chez autrui, prescrite au Coran XXIV, 27. Le verbe employé par le verset, tastaʾnisū, vient de la racine ʾ-n-s — celle-là même qui donne al-uns : s’annoncer, c’est chercher à se rendre familier.
- Hurmaحرمةḥurma
L’inviolabilité — d’une maison, d’une personne, d’un engagement. Ce qui est protégé non par une serrure mais par une règle que chacun reconnaît.
- Ghurfaغرفةghurfa
La chambre, et d’abord la pièce haute. Dans les madrasas, la cellule de l’étudiant : quelques mètres carrés et une fenêtre — étroite à dessein, pour que la vie se tienne ailleurs.
- Majlisمجلسmajlis
La salle de réunion de la maison et, par extension, l’assemblée des rifāq ; la formule « membre du majlis d’An-Nudama » désigne un fondateur. Les délibérations de la Maison appartiennent au majlis al-umanāʾ. La pièce où l’on reçoit est la maqṣūra.
- Gebbiaجبّjubb
Le bassin carré en maçonnerie qui, dans les campagnes siciliennes, recueille l’eau pour le potager. Le nom vient de l’arabe jubb, la citerne, le puits.
- Saiaساقيةsāqiya
Le canal d’irrigation à fleur d’eau qui porte l’eau de la gebbia aux planches : le même mot arabe qui en Espagne est devenu acequia.
- Favaraفوّارةfawwāra
La source qui jaillit. Elle a donné son nom à plusieurs lieux de l’île, et à la demeure royale de Maredolce, près de Palerme, avec son bassin.
- Zagaraزهرzahr
La fleur d’oranger et de citronnier. En arabe zahr est la fleur en général ; le sicilien l’a réservé à celle des agrumes.
- Rahlرحلraḥl
Le hameau de campagne, le domaine rural, dans les sources arabes sur la Sicile. Il donne son nom à Ar-Rahl, la coopérative agricole du Funduq, et survit dans les toponymes en Rega- et Raca-.
- Dammusoداموسdammūs
La voûte, et par extension la pièce voûtée ; à Pantelleria, la maison de pierre à coupole.
- Noriaناعورةnāʿūra
La grande roue qui élève l’eau d’une rivière ou d’un puits. Du même mot arabe vient noria ; la senia des jardins siciliens en est la sœur cadette, mue par un animal.
- Qalʿaقلعةqalʿa
Le rocher, la forteresse de hauteur. En Sicile elle a donné les noms en Calta- et Cala- : Caltanissetta, Caltagirone, Calatafimi.
- Manzilمنزلmanzil
Le relais, la demeure le long de la route. Il survit dans les toponymes siciliens en Misil- et Mezzo- : Misilmeri, manzil al-amīr, la demeure de l’émir ; Mezzojuso, manzil Yūsuf.
Le hammam
- Hammamحمّامḥammām
Le bain de vapeur, héritier direct des thermes romains, parcouru en salles de température croissante. Dans la maison il relève de la journée de travail plutôt que des services d’agrément, puisque la salle chaude, chauffée par le sol, et le circuit du linge qui y passe en font une part du travail.
- Al-maslakhالمسلخal-maslakh
Le vestiaire : on s’y dévêt avant d’entrer dans le parcours.
- Al-bayt al-baridالبيت الباردal-bayt al-bārid a Fès:el-barrani
La première salle, la moins chaude. Le corps s’y acclimate à l’entrée ; on y revient ensuite se reposer longuement, autour d’un thé, une fois le bain terminé. À Fès on l’appelle el-barrani, « celle du dehors ».
- Al-bayt al-wastaniالبيت الوسطانيal-bayt al-wasṭānī a Fès:el-wasti
La salle du milieu : la plus grande, celle où l’on passe le plus de temps, entre vapeur légère, massage et parfums. À Fès, el-wasti.
- Al-bayt al-sukhunالبيت السخونal-bayt as-sukhūn a Fès:ed-dakhli
La salle du fond, la plus chaude, adossée au foyer : c’est là que le corps est préparé au savon noir, puis au gant kessa. À Fès, ed-dakhli, « celle du dedans ».
- Bayt al-narبيت النارbayt an-nār a Fès :el-farnatchi
La chaufferie : invisible aux baigneurs, adossée à la salle du fond, elle alimente tout le système en chaleur. À Fès, el-farnatchi.
- Kessaكيسةkessa
Le gant de crin. Il enlève ce que le savon noir a ramolli en profondeur — jamais l’inverse, jamais sur peau sèche.
- Sabun beldiصابون بلديṣābūn beldī
Le savon noir : pâte sombre à l’huile d’olive, parfois enrichie d’olives concassées, historiquement liée à des centres comme Essaouira. Appliqué sur peau chaude et humide, on le laisse poser plusieurs minutes.
- Tayyeb · tayyabaطيّب · طيّابةṭayyeb · ṭayyāba
Le maître de massage du hammam maghrébin — et son pendant féminin pour les hammams de femmes, les deux mondes restant strictement séparés. Il s’agit d’un métier transmis à l’intérieur du hammam lui-même, par la pratique répétée, et non d’un masseur de spa.
- Farnatchiالفرناتشيel-farnatchi
Le foyer du hammam — et, du même mot, l’homme qui y entretient le feu jour et nuit. Il se trouve hors du bain, adossé au mur de la salle du fond, par l’extérieur, et s’ouvre sur la ruelle, par où entre le combustible et sort la cendre. Autre nom : bayt an-nār.
Le feu brûle du bois — les hammam sont parmi les premiers consommateurs de bois du pays — et, à côté, ce dont la ville n’a plus l’usage : sciure et copeaux des menuisiers, grignons et noyaux d’olive, tailles des vergers.
- Bormaالبرمةel-borma · ancheburma
La vasque d’eau chaude du hammam, adossée au foyer, où les baigneurs remplissent leurs seaux. L’eau est chauffée au foyer — dans un récipient posé sur le feu et dans la vasque elle-même — avant que les gaz ne passent sous le sol.
- Chebkaالشبكةech-chebka "la rete"
Le réseau de conduits creusé sous le dallage de la salle du fond et de la salle du milieu. Les gaz du foyer s’y engagent après avoir chauffé l’eau, puis gagnent la cheminée.
C’est l’hypocauste sous son nom marocain. La chaleur ne rayonne d’aucune source visible, mais monte du sol, et le sol la restitue longtemps après que le feu est tombé.
- Tractatiotractatio
Le massage à l’huile après le bain, déjà pratiqué dans les thermes romains et byzantins — un geste que le hammam a hérité et transmis à sa manière.
L’institution
- Funduqفندقfunduq
Maison close de murs, dans une ville étrangère, où une communauté logeait, déposait ses marchandises, priait et réglait ses propres différends. Du grec pandokeion, l’auberge ouverte à quiconque arrive. De funduq dérivent l’italien fondaco, le vénitien fontego, le castillan alhondiga et le catalan alfondec.
- Al-Munyaالمنيةal-munya
Dans l’usage andalou, la villa suburbaine avec son jardin. Dans le projet, c’est l’hôtellerie, le corps — entrée propre, mêmes armoiries dans les deux sièges, sujet distinct avec patrimoine propre. Elle réunit Dar al-Asl, où logent les hôtes de la maison, et Dar al-Diyafa, où logent les nudamāʾ et leurs hôtes. La structure est identique à Fès et en Sicile.
- Tahkimتحكيمtahkim
Arbitrage. Dans le projet, le mot désigne le règlement des différends entre membres devant un collège de trois membres.
Les noms de la maison
- Rafiq, rifaqرفيق، رفاقrafīq, pl. rifāq
Le compagnon, les compagnons. C’est le nom par lequel les membres de la maison s’appellent entre eux, et il correspond au membre et aux membres des actes constitutifs.
- Al-majlisالمجلسal-majlis
L’assemblée des rifāq réunis pour délibérer. Elle correspond à l’assemblée des membres : elle approuve les comptes, élit et révoque le majlis al-umanā, délibère sur les exclusions et sur le niẓām ad-dār.
- Muallimمعلّمmuʿallim
Le maître d’atelier. La fonction relève de l’organisation du travail et de la responsabilité technique, et n’attribue aucun droit supplémentaire dans le majlis.
- Na’ibنائبnāʾib
Le second du muʿallim à l’atelier. Comme toutes les fonctions opérationnelles, elle ne vaut pas une voix de plus.
Les métiers
- Zellijزليجzillij
L’art des tesselles de céramique émaillée, taillées une à une au ciseau et assemblées selon des grilles géométriques. Du même terme dérive l’espagnol azulejo.
- Mocarabeمقربصmuqarnas
Construction en nid d’abeille, en plâtre ou en bois, qui raccorde une surface courbe à une surface plane. En français on emploie aussi muqarnas.
Eau et climat
- Fisqiyaفسقيةfisqiya
La vasque au ras du sol, au centre de la cour, conçue pour exposer à l’air la plus grande surface d’eau possible.
- Malqaf e badgirملقفmalqaf
Dispositifs de captage du vent propres, le premier, à l’Égypte et au Levant, le second, à la Perse et au Golfe. Dans le projet ils ne sont pas employés, parce qu’ils répondent à des climats différents de celui des Hyblées.
Note sur les sources
Les arabismes siciliens gebbia, saia, senia et margio sont confirmés par la lexicographie académique. Catusu et dammusu parviennent au sicilien par l’arabe mais remontent à une base grecque, et doivent être cités avec cette précision. Dans les titres du site les mots sont écrits en forme simple ; la forme vocalisée figure ici.
