AL-MITHAQالميثاقSoutenir
RIYĀḌ AL-UNS · DAR AL-HIRAF

As-Sanduq

الصندوق

La caisse de la Futuwwa — ce que les confréries de métier ont toujours été aussi, en plus d’une ceinture et d’une règle.

On retient de la Futuwwa ses vertus et ses signes : la générosité, la loyauté, la ceinture nouée, les degrés. On oublie qu’elle a toujours eu, en plus, quelque chose de très concret — un coffre.

Les corporations de métier, du Maghreb à l’Anatolie et jusqu’aux arti de Venise, ont toutes entretenu une caisse commune : pour le malade qui ne pouvait plus travailler, pour la veuve, pour la sépulture, pour le jeune maître qui s’établissait et n’avait pas de quoi acheter ses outils. Ce n’était pas une œuvre de charité annexée au métier : c’était le métier lui-même, du côté où il protège les siens.

Ce qu’elle couvre

Six choses, dans l’ordre où elles se présentent dans une vie :

— L’outillage du premier atelier, pour celui qui achève le parcours et s’établit à son compte. Un prêt sans intérêt : un maître qui s’installe a besoin d’outils avant d’avoir besoin de conseils.

— L’aide au mariage. La tâche que la maison se donne est de former des hommes capables d’exercer un métier et de conduire un foyer ; l’obstacle réel, à vingt-huit ans, est l’argent.

— L’entretien pendant la maladie, tant que les mains ne peuvent pas travailler.

— L’extinction de la dette restante sur la maison-atelier, en cas de décès ou d’invalidité. Une famille n’hérite pas d’une dette. La couverture est prise au titre du contrat de cession lui-même, sous la forme d’une assurance mutuelle décroissante dite takaful, et la caisse n’intervient qu’à titre résiduel, si celle-ci ne joue pas ou ne suffit pas.

— Les frais funéraires du membre et des siens. C’est la plus ancienne des fonctions, et la moins facultative.

— Le secours exceptionnel, pour ce que personne n’avait prévu.

Sont membres les résidents, les naib, les maîtres qui ont achevé le parcours et se sont établis à leur compte. Chacun verse la même cotisation ; celui qui n’a pas de revenu en est dispensé sans rien perdre de ses droits. La caisse ne fonctionne pas comme une assurance, et nul n’y est admis à proportion de ce qu’il a versé.

Qui l’administre, et qui ne l’administre pas

Trois membres élus l’administrent, choisis parmi les maîtres établis à leur compte et les naib, pour deux ans. La charge n’est pas rémunérée.

N’y siègent ni l’Ash-Shaykh, ni les muqaddam, ni le faqih, ni personne qui exerce une autorité sur les résidents. C’est la seule règle qui empêche une caisse de devenir, en deux générations, l’instrument par lequel celui qui gouverne s’assure la loyauté de celui qui reçoit.

La maison verse à la caisse. Sa contribution ne lui donne aucune voix.

مَن ذَا الَّذِي يُقْرِضُ اللَّهَ قَرْضًا حَسَنًا فَيُضَاعِفَهُ لَهُ أَضْعَافًا كَثِيرَةً

« Quel est celui qui fera à Allah un prêt sincère, afin qu’Il le lui rende multiplié un grand nombre de fois ? »

— Coran, sourate Al-Baqara (II), 245 — d’où vient le nom du prêt sans intérêt, le qard hasan

TROIS CLÉS

Le coffre ne s’ouvre que si les trois clés tournent ensemble. Le bien commun n’est jamais à la disposition d’un seul homme.

Ni le mérite, ni la conduite

Les critères sont écrits, affichés, les mêmes pour tous. Aucune demande n’est appréciée selon l’ancienneté, la piété, l’assiduité ou la sympathie. Toute demande reçoit une réponse écrite et motivée ; le refus se porte devant l’assemblée des membres.

Et une règle qui surprend, jusqu’à ce qu’on en voie la raison : un secours ne peut jamais être refusé — ni accordé — en considération d’un manquement au règlement. La discipline de la maison et l’assistance de la caisse sont deux ordres séparés. Une caisse qui peut punir n’est pas une caisse, c’est un levier ; et le jour où le secours devient conditionnel, celui qui en a besoin cesse de dire la vérité sur sa propre conduite. On perd l’entraide et la sincérité d’un seul coup.

Trois serrures

Le coffre des corporations avait plusieurs serrures et plusieurs clés, tenues par des hommes différents : nul ne pouvait l’ouvrir seul. Celui du Riad en a trois.

Les comptes sont arrêtés une fois l’an devant l’assemblée, avec le détail des sommes versées par catégorie et sans les noms : ce qui a été donné à qui ne se dit pas. L’aumône tire sa valeur de la discrétion avec laquelle elle est faite, et le secours entre frères n’en va pas autrement.

Les mots de cette page sont dans le glossaire commun ; les œuvres citées dans les sources ; la maison sœur est Al-Funduq aṣ-Ṣiqillī.

CORRESPONDANCE

Une conversation peut commencer ici.

Écrivez-nous