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RIYĀḌ AL-UNS · DAR AL-HIRAF

Artisanat du Riad

Ce que la maison produit de ses propres mains et de son jardin — pour la table, pour le corps, pour l’hospitalité.

Dar al-Hiraf ne forme pas seulement des ṣāniʿ : il en naît aussi des produits. Parfum de rose damascène, savons à l’huile d’olive, eau de fleur d’oranger distillée des orangers du riad et pièces de plâtre ajouré — chacun porte la marque de la maison et soutient, par sa vente, la vie de la communauté.

Une part des revenus finance l’entretien de la maison ; une autre revient aux artisans dès les premières pièces vendues. Cet artisanat fait vivre le Riad pour une part, et rien en lui ne relève de la vitrine.

Au même titre, la haute sellerie et les finitions de l’ʿudda — cuir, métal, bois, tissus — réunissent plusieurs gestes sur une seule commande. Travail d’atelier, non de boutique touristique. → Al-ʿudda — Le harnachement

LE NOYAU

La selle et la maison

Une seule ʿudda. Cuir, fer, bois, tissu — le noyau de Dar al-Hiraf. Travail d’atelier, non de boutique.

MÉTIER DE L’ODEUR

Parfums et essences

L’art marocain des senteurs est d’abord une discipline de formation, au même titre que le zellige ou la calligraphie — le nez qui distingue, la main qui distille, la mémoire qui retient. Ce qui suit ici, ce sont les produits qui en sortent ; la discipline elle-même est traitée dans Parfums et essences.

إِذَا قَامَتَا تَضَوَّعَ الْمِسْكُ مِنْهُمَا نَسِيمَ الصَّبَا جَاءَتْ بِرَيَّا الْقَرَنْفُلِ

« Quand ils se levaient, le musc s’exhalait d’eux — comme la brise d’orient chargée du parfum du clou de girofle. »

Imruʾ al-Qays, Muʿallaqa

Parfums et soins du corps

ESSENCE

Parfum et eau de rose damascène

La rose de Damas (Rosa damascena), héritière de la tradition de Kelaât M’Gouna et de la vallée du Dadès, est distillée selon le geste ancien. Eau de rose pure pour le visage, la table et le rite ; attar concentré pour la peau et le linge.

Le nez, la main, le feu lent : ce que les ṣāniʿ apprennent dans l’atelier des parfums devient ici un produit de la maison, vendu sous le sceau du Riad.

CORPS

Savons à l’huile d’olive

Savons durs et savons de hammam, à base d’huile d’olive pressée, parfois parfumés à la rose, au jasmin ou à la fleur d’oranger. Geste simple, matière pure — pour le bain, le visage, les mains du travail quotidien.

Ils prolongent la logique du corps formé et du hammam : pureté, douceur, rien d’industriel.

JARDIN

Distillat de fleur d’oranger

Les orangers du patio et du jardin donnent, au printemps, la fleur d’oranger. Distillée sur place, elle devient eau de fleur d’oranger — pour la pâtisserie, le thé, le linge, le rite du soir.

Du jardin à l’alambic : le même cycle que la rose, ancré dans le Riad lui-même.

Cuisine du jardin

Confiture de roses, miel et aromates du jardin

Héritière de Kelaât M’Gouna : pétales de rose damascène, sucre, cuisson lente — la même rose qui donne le parfum et l’eau de rose devient ici confiture, un autre visage de la même matière. À ses côtés, le miel local et les bouquets d’herbes du potager — menthe, verveine, thym — séchés ou frais, pour la table et le thé.

Ce que le jardin produit, la maison le met sur la table : rien d’importé, rien d’industriel.

Matières et mains

Le plâtre sculpté, le tissage : des matières et des gestes anciens, pour des ouvrages d’aujourd’hui, dont un maître répond. La Convention de Faro en fait un engagement de ses Parties :

« [Les Parties s’engagent] à promouvoir l’utilisation des matériaux, des techniques et du savoir-faire issus de la tradition, et à explorer leur potentiel dans la production contemporaine ; […] à promouvoir la haute qualité des interventions à travers des systèmes de qualification et d’accréditation professionnelles des personnes, des entreprises et des institutions »

Le Maroc n’est pas Partie à la Convention ; nous la citons comme référence de méthode (voir La demeure).

Plâtre ouvragé

Gebs — le plâtre sculpté, de Samarra à Fès

Le stuc sculpté islamique naît à Samarra, capitale abbasside en Irak au IXe siècle, où les fouilles ont mis au jour trois styles successifs de décor : les deux premiers encore proches de la vigne et du végétal hérités de l’art byzantin et syro-palestinien, le troisième — dit « style biseauté » (le tranchant du ciseau coupant la matière en oblique plutôt qu’à angle droit) — entièrement abstrait, fait de courbes rythmées se terminant en spirales. Ce troisième style, sans équivalent antérieur, marque une étape décisive vers l’arabesque pleinement développée : motif sans début ni fin, répétable à l’infini, qui allait irriguer tout l’art islamique ultérieur.

De Samarra, la technique se diffuse rapidement — jusqu’en Afghanistan (la mosquée aux neuf coupoles de Balkh), en Égypte tulunide (la mosquée ibn Tulun en reprend le vocabulaire jusque dans le bois sculpté), puis, dès le début du IXe siècle, jusqu’au Maghreb : les fouilles des palais aghlabides près de Kairouan, en Tunisie, en portent déjà la trace.

Le stuc atteint sa pleine maturité plus tard et plus loin, en al-Andalus puis dans le Maghreb mérinide. C’est là que naît le muqarnas (مقرنص) — les alvéoles en nid d’abeille ou en stalactites qui couvrent coupoles, portails et chapiteaux — porté à son sommet dans les médersas de Fès (Bou Inania, al-ʿAttarin) où plâtre sculpté, zellige et bois de cèdre s’empilent sur un même mur en une seule composition.

L’atelier de gebs (جبس) du Riad reprend ce geste à échelle réduite : pièces de plâtre finement ajourées, serties de petits verres colorés — la même technique qui, en grand format, filtre la lumière dans les salles du Riad, reprise ici aux dimensions d’une lampe ou d’un panneau mural. Chaque pièce est unique : aucun gabarit ne se répète à l’identique.

L’atelier de gebs, contrairement aux autres métiers, ne forme pas d’hôtes de passage — le geste s’apprend sur des années, à l’intérieur de la maison. Mais ce qu’il produit peut, lui, voyager.

TISSAGE

Bandes tissées à la calligraphie — tiraz du Riad

Sur de petits métiers à cartes ou à tablettes — l’échelle adaptée à une bande, non à une pièce entière — l’atelier reproduit ce que les manufactures d’État du monde arabe médiéval appelaient le tirāz (طراز) : une inscription tissée, en fil d’or ou d’argent sur fond de soie ou de lin, courant le long d’un vêtement ou d’un tissu de maison.

Trois foyers, trois époques, une même institution :

L’écriture coufique anguleuse et sobre des ateliers fatimides d’Égypte (Xe-XIIe s.), tissée sur lin écru.

L’écriture cursive dorée, plus somptueuse, des tirāz nasrides de Grenade — la même Alhambra déjà chantée par Ibn Zamrak sur la fontaine du patio.

Et, plus loin encore, celle du manteau de Roger II de Sicile, tissé à Palerme en 1133-34 par des artisans arabes au service d’un roi normand — un lion terrassant un chameau de part et d’autre d’un palmier stylisé, hérité d’un très ancien motif sassanide (l’arbre de vie flanqué d’animaux affrontés), avec, le long de l’ourlet, une véritable inscription tirāz en coufique doré.

Damas et lampas suivent la même route méditerranéenne. Le damas tire son nom de Damas elle-même, grand carrefour de la route de la soie où marchands et croisés le découvrirent au XIe siècle — la technique elle-même remonte sans doute à la Chine, des siècles plus tôt. Mais après le IXe siècle, quand elle se raréfie presque partout ailleurs, c’est en al-Andalus qu’elle continue de se tisser sans interruption, avant d’être redécouverte en Italie puis en France à partir du XIIIe siècle.

Les tisserands du Riad produisent des brocarts et des damas, des lampas et des articles textiles qui reprennent des modèles anciens et des motifs traditionnels de la tradition arabe, uniques et irremplaçables (également sur commande).

الخيطُ يكتبُ ما لا يمحوه الزمانُ

« Le fil écrit ce que le temps n’efface pas. » — Adage du tisserand

Ici encore, aucun hôte de passage ne s’y forme, mais un savoir lent, proche de la calligraphie elle-même, transmis à qui reste.

Marque de la maison

Chaque produit porte le nom du Riad. La vente prolonge la formation, au lieu de constituer une activité parallèle. Le ṣāniʿ qui a distillé, saponifié, tourné ou cousu voit sa pièce mise en circulation — et une part du retour lui revient dès les premières ventes.

Ainsi l’artisanat du Riad unit trois choses : le geste appris à Dar al-Hiraf, le jardin qui fournit la matière, et la maison qui vit de ce qu’elle produit.

UNE LIMITE CLAIRE

Ce qui ne sort pas de la maison

Tout ce qui précède quitte le Riad : les essences, les savons, les confitures, les étoffes, les pièces de commande. Une chose n’en sort jamais — l’œuvre que chaque résident laisse dans les murs au terme de sa formation, incorporée au bâtiment et reçue par son maître.

Elle n’a pas de prix parce qu’elle ne peut pas avoir d’acheteur. C’est la seule chose que la maison produise et qu’elle ne cède pas.

Les mots de cette page sont dans le glossaire commun ; les œuvres citées dans les sources ; la maison sœur est Al-Funduq aṣ-Ṣiqillī.

CORRESPONDANCE

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