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RIYĀḌ AL-UNS · DAR AL-HIRAF

Les métiers de la main

اليد إذا عملت أحسنت

« La main, quand elle œuvre, embellit. »

Le cœur n’est pas un catalogue de cinq métiers. Il s’ouvre sur un atelier : sellerie, fer et bois — plusieurs gestes sur une même pièce, et sur la maison.

LE PREMIER ATELIER

La selle et la maison

Un seul atelier, trois matières. Non pas cinq métiers alignés, non pas une boutique : le cuir, le fer et le bois travaillés ensemble, à la mesure d’une seule ʿudda — et du Riad.

Sellerie — cuirs et peaux : la selle, les sangles, les rênes, ce qui touche le cheval.

Fer — le mors, les éperons, les étriers, et tout ce qui sert au cheval.

Bois — l’arçon de la selle, et le Riad lui-même.

La housse de selle, tissée puis brodée au fil d’or, peut naître auprès des corporations de Fès sous la mesure de la maison. Le geste reste le même.

LES ATELIERS

Le cuir

السرّاج · ROUGE DE FÈS

La sellerie d’abord, puis le harnachement et la maroquinerie. C’est l’atelier qui a ouvert la maison et autour duquel les deux autres se sont ordonnés : le bois donne l’arçon, le métal la garniture, le cuir tout le reste.

→ Al-ʿudda — le harnachement

Le métal

الصفّار · VERT-DE-GRIS

La dinanderie et la forge : le cuivre et le laiton battus, le fer travaillé au feu. Les mors, les étriers, les boucles et les ferrures de la maison sortent d’ici.

Fès a donné son nom à ce métier : la place Seffarine porte encore celui des batteurs de cuivre qui y travaillent depuis des siècles.

Le livre

المجلّد · TERRE CUITE

Relier, restaurer, écrire. L’atelier coud et couvre le livre, répare les volumes de la khizāna, dore et cisèle le cuir des plats — la même peau et les mêmes fers que la sellerie, dont il est le voisin de travail. La calligraphie y a sa place : le qalam, la page, le souffle, l’écriture comme discipline intérieure.

Le Maghreb développe sa propre écriture, le khatt maghrebi — distincte du naskh ou du thuluth orientaux. Née en al-Andalus, elle se fixe à Fès après la Reconquista. La basmala reste le premier exercice de tout apprenti calligraphe.

الخطُّ هندسةٌ روحانيةٌ ظهرتْ بآلةٍ جسمانيةٍ

« La calligraphie est une géométrie de l’esprit apparue par un instrument du corps. » — Ibn Muqla

La basmala — bismillah al-rahman al-rahim — ouvre le Coran et rythme la vie quotidienne. C’est aussi le premier exercice de tout apprenti calligraphe : geste fondateur avant d’être motif décoratif, elle orne depuis toujours frontispices de manuscrits, portes de médersas et façades de mosquées.

ATELIER À OUVRIR

La céramique

الفخّار · BLEU DE FÈS

Géométrie, coupe, pose. L’atelier ouvrira quand la maison disposera des hommes.

Le terme zillij vient d’une racine arabe désignant la petite pierre polie. L’art naît à Fès sous les Mérinides, aux XIIIe-XIVe siècles — les médersas Bou Inania et al-ʿAttarin en restent les témoins les plus achevés.

Chaque pièce est taillée séparément au marteau (minqash), à partir de carreaux émaillés monochromes cuits un à un. L’assemblage se fait à l’envers : le maalem compose le motif face cachée, et ne le retourne qu’une fois terminé — les grilles géométriques sont mémorisées et transmises oralement, comme un répertoire musical.

Cette géométrie n’est jamais purement décorative : l’entrelacs qui se répète sans début ni fin visible est lu, dans la pensée islamique, comme une image du tawhid — l’unité derrière la multiplicité des formes.

ATELIER À OUVRIR

Le plâtre

الجبّاص · SABLE CLAIR

Stuc sculpté, relief, lumière. L’atelier ouvrira quand la maison disposera des hommes.

Le geste naît à Samarra, capitale abbasside du IXe siècle, où se développe le premier style d’ornementation entièrement abstrait de l’art islamique. Il atteint sa pleine maturité plus tard en al-Andalus puis dans le Maghreb mérinide, avec le muqarnas — les alvéoles en nid d’abeille qui couvrent coupoles et portails.

Le muqarnas — alvéoles de plâtre sculpté suspendues en stalactites — naît probablement en Perse et en Mésopotamie aux Xe-XIe siècles, mais atteint sa pleine maturité géométrique en al-Andalus et au Maghreb : la coupole de la Salle des Deux Sœurs, à l’Alhambra, en reste le sommet.

Contrairement au zellige, le muqarnas a produit une véritable littérature technique : au XVe siècle, le mathématicien persan Qadi Ahmad ibn Muhammad al-Kashi rédigea un traité expliquant comment décomposer géométriquement une coupole en modules standard.

Chaque alvéole est sculptée dans le plâtre encore frais, en un temps très court avant que la matière ne durcisse — ce qui explique pourquoi cet atelier, seul parmi ceux du Riad, ne forme pas d’hôtes de passage.

الجصُّ لا يُتقَنُ إلا بيدٍ تعرفُ متى تتوقفُ

« Le plâtre ne s’accomplit que sous une main qui sait quand s’arrêter. »

ATELIER À OUVRIR

Le tissu

النسّاج · INDIGO

Soie, fil d’or, métier à tirage.

L’atelier reprend le geste du tiraz (طراز) — l’inscription tissée ou brodée que les ateliers d’État, la dar al-tiraz (دار الطراز), produisaient dans le monde arabe médiéval, de l’Égypte fatimide à l’Andalousie omeyyade. Réservé d’abord au souverain (tiraz khassa), puis étendu aux dignitaires (tiraz ʿamma), le tissu inscrit scellait la khilʿa (خلعة) — le don d’une robe d’honneur, geste politique autant que textile.

Cette tradition franchit la Méditerranée jusqu’à Palerme, où des artisans arabes tissent en 1133-34, pour Roger II de Sicile, roi normand, le manteau de couronnement aujourd’hui conservé au Kunsthistorisches Museum de Vienne : soie rouge brodée d’or, de perles et d’émaux, bordée d’une inscription coufique donnant lieu et date de fabrication, deux lions affrontant des chameaux de part et d’autre d’un palmier stylisé.

ممّا عُمِلَ بالخزانةِ الملكيةِ المعمورةِ […] بمدينةِ صِقِلِّيَةَ سنةَ ثمانٍ وعشرين وخمسمائة

« Ce qui fut confectionné dans le trésor royal florissant […] dans la ville de Sicile, l’an cinq cent vingt-huit. » — inscription brodée sur l’ourlet du manteau de Roger II, atelier royal de Palerme, 528 H / 1133-34

(Transcription et traduction d’après I. Dolezalek, Arabic Script on Christian Kings, De Gruyter, 2017 — l’inscription complète, en prose rimée, énumère les vertus et les bienfaits du trésor royal ; seuls l’incipit et la formule finale, avec le lieu et la date, sont reproduits ici.)

À Fès, le fil d’or et d’argent porte un nom propre : le sqalli. Toute une corporation, les maʿallemin sqalli, se consacre à sa fabrication — batteurs d’or, lamineurs, tréfileurs, fileuses — avant que le fil ne rejoigne le métier à tirage, la mrema bejebbad, où les rôles se répartissent : le zouaq dessine le motif, le nyar monte le métier, le medewar prépare les bobines, le jebbad tisse, sous l’autorité du maalem. Une hypothèse répandue, sans confirmation académique certaine, rattache le nom sqalli à la Sicile (Siqilliyya) — écho possible de ce même circuit méditerranéen du fil d’or.

Ce brocart, tissé de soie et de fil de sqalli, habille depuis des siècles les grandes occasions. À Dar al-Hiraf, le fil d’or reste réservé aux pièces cérémonielles ; l’étoffe du quotidien se contente de la soie seule.

نسجوا من الذهبِ الورودَ على الحريرِ

« Ils ont tissé d’or des roses sur la soie. »

Le bois

النجّار · VERT OLIVE

Sculpture, assemblage, patience du cèdre.

Le cèdre du Moyen Atlas, avec le plâtre et le zellige, forme la triade des matériaux décoratifs marocains. Les plafonds à caissons et les moucharabiehs témoignent d’un art de l’assemblage géométrique sans clou ni colle.

والخشبُ يلينُ تحتَ يدٍ صابرةٍ

« Le bois s’assouplit sous une main patiente. »

LES LABORATOIRES

Deux travaux de la maison et du jardin. Ils forment une corporation à part sans compter parmi les métiers de la main : une seule teinte, une seule enseigne — l’alambic — et une seule bannière.

Les essences

العطّار · AZUR PÂLE

Herboristerie, distillation, savons. Le jardin fournit la rose, l’oranger et les aromates ; l’alambic fait le reste.

→ L’atelier des parfums

Les confitures

AZUR PÂLE

Confitures, miel et aromates du jardin, pour la table de la maison et pour ce qui en sort. Le potager y arrive entier et en repart en bocaux.

→ Le jardin et le potager

FÈS

Capitale des arts et des métiers

Ville-refuge des artisans andalous après 1492, siège de la Qarawiyyin. Sous les Mérinides, les corporations structuraient la vie urbaine autour du geste, de l’honneur et de la transmission.

Dar al-Hiraf s’ancre dans cette lignée : une formation qui unit le geste, l’honneur et la vie commune.

Ces gestes de la main trouvent leur contrepoint du côté du corps, du verbe et du son dans Musique et chant et Furusiyya, et leur habit propre dans Al-Kiswa.

Les mots de cette page sont dans le glossaire commun ; les œuvres citées dans les sources ; la maison sœur est Al-Funduq aṣ-Ṣiqillī.

CORRESPONDANCE

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