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RIYĀḌ AL-UNS · L’ARCHITECTURE

Le chantier

Ici le temps du bâtir

Il y a deux chantiers, et non un seul : celui qui relève la demeure, conduit par des maîtres établis, et celui de l’école, qui s’ouvre après et ne se referme plus.

La maison ne se relève pas avec des ṣāniʿ. Elle se relève pour qu’il y ait des ṣāniʿ.

LA DEMEURE

Qui relève la maison

L’édifice ancien, de type fondouk, une fois trouvé et acquis, sera relevé par des maîtres établis, sous direction de travaux et selon les procédures qu’impose un bâtiment classé. Les ṣāniʿ n’y interviennent pas.

La prudence patrimoniale suffirait à le justifier ; une raison plus simple s’y ajoute. Les ṣāniʿ sont aussi les résidents, et tant que la demeure est un chantier, il n’existe aucun lieu où les loger.

Des maîtres établis, et les techniques de la médina : le Document de Nara sur l’authenticité compte les traditions et les techniques parmi les sources sur lesquelles se juge l’authenticité d’un bien, à côté des matériaux :

« Les aspects des sources peuvent comprendre la forme et la conception, les matériaux et la substance, l’usage et la fonction, les traditions et les techniques, la situation et le cadre, l’esprit et le sentiment, ainsi que d’autres facteurs internes et externes. »

PENDANT LES TRAVAUX

Le premier groupe d’élèves se forme en médina

Cette période n’est pas perdue pour eux. Le premier groupe d’élèves se forme, durant les travaux, dans les ateliers des maîtres, en médina, selon l’usage qui a toujours réglé l’apprentissage dans cette ville — chacun dormant chez les siens.

Il entre dans la maison lorsque la maison est achevée, et y entre déjà à demi formé.

LA LOGISTIQUE

Tout entre à dos d’homme

Aucune voiture n’atteint la maison. Dans la médina de Fès les ruelles se resserrent jusqu’à la largeur de deux épaules, et ce qui doit monter au chantier — le ciment, la chaux, le bois de cèdre, les caisses de zellige, les sacs de plâtre — passe de main en main ou sur une charrette tirée par un homme.

Cette contrainte a une conséquence que l’on mesure mal de loin. Elle renchérit chaque livraison, impose des matériaux qu’un homme peut porter, et oblige à commander en petites quantités, souvent, plutôt qu’en une seule fourniture.

Elle en a une autre, moins évidente. Le chantier emploie les bras du quartier, et l’argent qui l’alimente reste dans les rues où il entre. Qui soutient les travaux achète de la matière, et avec elle des journées de travail payées à Fès au prix du métier.

APRÈS L’OUVERTURE

Le chantier de l’école

Une fois la maison ouverte, le chantier de l’école s’ouvre à son tour et ne se referme plus. Il progresse dans l’ordre où les ṣāniʿ deviennent capables de s’y mesurer.

Viennent d’abord les dépendances — réserves, terrasses, communs, lingerie — puis le jardin avec ses canaux, ses vasques, ses treilles et son mur de clôture : des ouvrages assez modestes pour qu’une erreur éventuelle s’y répare, et assez réels pour qu’elle compte.

Viennent ensuite certaines parties d’Al-Munya, la maison contiguë — chaque phase conduite par les ateliers de l’école sous la direction d’un maître.

LA SIGNATURE

Ce qui se signe se répare

Chaque ouvrage achevé porte, discrètement et hors du champ de la composition, la formule ʿamal (عمل), le nom de la main qui l’a exécuté et l’année. Lorsqu’un ṣāniʿ a travaillé sous la conduite d’un maître, les deux noms y figurent.

Il ne s’agit pas d’un geste de vanité : si, trente ans plus tard, un joint vient à céder, on saura de quel atelier en demander raison. Les corporations tenaient à cette responsabilité différée, et c’est pour elle, non pour l’honneur, que l’artisan a toujours consenti à signer.

LE RYTHME

Un atelier, puis croître

La maison ouvre avec un seul atelier, la sellerie : voir Dar al-Hiraf. L’aile réservée, ou le volume contigu, se réalise lorsque les maîtres et les ressources sont disponibles. La porte vers Al-Munya reste intouchable.

CE QUI DEMEURE

Quand le chantier se tait

Le mur cesse d’attendre. L’œuvre reste. L’homme qui l’a conduite emporte avec lui une malaka — la maîtrise de l’art —, non la maison. On n’emporte pas le Riad.

الرِّياضُ لِأَهْلِهِ، لَا أَهْلُهُ لِلرِّياضِ

Les mots de cette page sont dans le glossaire commun ; les œuvres citées dans les sources ; la maison sœur est Al-Funduq aṣ-Ṣiqillī.

CORRESPONDANCE

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