Al-Khizana
Le dépôt des volumes, sous clé, du côté du Riad. En khizāna on ne lit pas et l’on ne séjourne pas ; le volume s’emporte. On lit dans les salettes d’étude, en chambre, aux jardins ou au patio. Al-Khazin porte le livre et le reprend.
خِزَانَة
khizāna — coffre, armoire, dépôt de ce qui se conserve
Dans la tradition islamique, la khizāna est un dépôt et non une salle de lecture : des armoires, des volumes rangés, une clé. On lit ailleurs — dans les salettes d’étude, en chambre, aux jardins ou au patio. L’accès tient en un geste : demander, recevoir, rendre — et non en une promenade entre les rayons.

LE LIEU
Le dépôt et les lieux de lecture
La khizāna elle-même est l’armoire — ou les armoires — sous clé. On n’y demeure pas. Le volume s’ouvre dans une salette d’étude, en chambre, aux jardins ou au patio. Les livres ne restent pas épars dans la maison. Ils reviennent au dépôt.
Ce nœud est aussi l’espace de passage entre Al-Munya, l’appartement d’honneur et le Riad — la seule pièce à laquelle les trois peuvent accéder lorsque la porte est ouverte de l’intérieur. Le savoir, ici, est un seuil autant qu’un dépôt.

LE GESTE
On demande un livre
Qui veut lire s’adresse à Al-Khazin. Le volume est porté jusqu’au lieu de lecture. Il est repris. Rien n’est emprunté « pour plus tard » sans mesure. On ne se sert pas soi-même dans les armoires.
Ce n’a rien de la méfiance. C’est le même principe que pour l’atelier : l’outil n’appartient à personne en propre. Il circule sous règle, pour que le geste reste juste.

LA CHARGE
Al-Khazin
Derrière ce geste, il y a une figure : Al-Khāzin.

الخَازِن
al-khāzin — le gardien du dépôt
Charge de la maison, comme le Bawwab garde le seuil. Elle revient à un résident qui n’a pas de place en atelier, mais c’est une charge à part entière, non une tâche accessoire.
La coupe est celle de tous — serwāl et jabador, calotte, babouches. Ce qui change est la couleur, et seulement là où la maison la met : le jabador, le manteau et le cordon prennent le brun d’encre, d’après l’encre ferro-gallique des manuscrits, pour toute la durée de la charge. Ce brun voisine avec la terre cuite de l’atelier du livre et le rouge du cuir, parce qu’il garde ce que le relieur répare. Sa calotte, elle, ne change pas, mais garde la teinte de l’atelier d’où il vient — ou reste écrue s’il n’y a pas encore été reçu.
Il porte le livre à qui lit, le reprend, le range. Il veille à l’état des volumes, les fait restaurer s’il le faut, connaît ce qui manque et ce qui peut entrer.
Les acquisitions ne sont pas un goût personnel. Elles suivent ce que la maison juge digne d’être transmis. Al-Khazin est le passage entre l’armoire et la lecture, et non un bibliothécaire de salle ouverte.

CE QU’ELLE CONTIENT
Ce qui mérite d’être conservé
Traités de métier, lectures d’adab, copies liées à la furūsiyya, textes qui forment le caractère autant que la main. Rien qui serve l’actualité. Rien qui se consomme.
Les volumes y sont réunis pour être lus, étudiés et consultés au fil du travail, de sorte que le ṣāniʿ qui se trouve devant un tracé difficile, une proportion ou une recette d’enduit puisse demander l’ouvrage qui l’éclairera, le garder le temps qu’il faut et revenir au volume jusqu’à ce que la difficulté se dénoue.
DANS L’ORDRE DE LA MAISON
Un savoir, pas un décor
L’organisation des espaces place la khizāna au nœud du savoir et du seuil. Elle est une pièce de formation, comme l’atelier, comme l’oratoire, comme la table.
الرِّياضُ لِأَهْلِهِ، لَا أَهْلُهُ لِلرِّياضِ
Les mots de cette page sont dans le glossaire commun ; les œuvres citées dans les sources ; la maison sœur est Al-Funduq aṣ-Ṣiqillī.

